Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : COMPRENDRE LE DEFI DU NUMERIQUE
  • COMPRENDRE LE DEFI DU NUMERIQUE
  • : Ce site traite de la question des usages des TIC par les collectivités locales, mais aussi par les individus. En Afrique particulièrement, mais également dans le monde.
  • Contact

Rechercher

Archives

25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 21:09

Depuis le balcon, on aperçoit le train en gare d'Orange Farm débarquant des centaines de travailleurs pauvres de retour de Johannesburg. Sur la terre rouge, des minibus en état incertain se battent à coups de Klaxon pour disséminer les voyageurs dans la vaste township (bidonville) de plusieurs centaines de milliers d'habitants, située au sud de la mégalopole sud-africaine. En se retournant, Andrew Nkanyane regarde sa salle aux ordinateurs serrés les uns aux autres, où se côtoient des écoliers en uniforme et des jeunes entrepreneurs. "Avant, je ne proposais que le traitement de texte, les cartes de visite et les CV. Mais grâce à Dabba, je viens de me lancer dans l'Internet, se réjouit-il. Ils sont 80 % moins cher que la concurrence ; pour une petite affaire comme la mienne, cela devient enfin accessible."


Au-dessus de sa tête, fixée au mur, une antenne d'à peine 1 mètre sur laquelle a été fixé un routeur qui réceptionne le signal Internet d'un serveur central, situé à 500 mètres. C'est la clé de l'offre bon marché de la petite société sud-africaine Dabba Telecom. "Nous ne payons que pour une seule connexion Internet que nous recevons par câble, explique Rael Lissoos, le fondateur de Dabba. Ensuite, nous utilisons le Wi-Fi (Internet sans fil) pour multiplier gratuitement les accès au réseau et proposer à chacun d'avoir la Toile chez soi pour pas cher." Les équipements et les frais d'installation sont pris en charge par l'entreprise. Puis, grâce à des coupons, le client ne paie que ce qu'il consomme, contrairement au système d'abonnement mensuel de Telkom, le géant sud-africain.


Dabba Telecom n'en est qu'à ses débuts. En un an de présence à Orange Farm, on ne compte pour l'instant qu'une poignée de clients. Les raisons ? Des obstacles techniques, le lent travail de sensibilisation d'une population déconnectée de la révolution technologique, et les réactions des principaux opérateurs. Le 13 février, à la demande de Telkom, le régulateur sud-africain des télécommunications (Icasa) est venu confisquer du matériel de Dabba, installé, entre autres, dans un orphelinat. "Leur réaction est stupide, dit Rael Lissoos. Nous sommes sur une niche, celle des gens qui n'ont pas les moyens d'avoir accès à Internet, cela ne remettra pas en cause leurs milliards de bénéfice !"


A peine installé dans ses tout nouveaux locaux à Johannesburg, le patron de Dabba ne compte pas s'arrêter pour autant. Il a lancé des expériences similaires à quelques dizaines de kilomètres de là, dans les townships de Soweto et d'Alexandra, mais aussi au Cap et dans la ville d'East London. Une extension géographique doublée d'un autre pari. Ce Sud-Africain blanc est en train de développer un réseau téléphonique à bas coût. Il profite de ses bornes d'accès à Internet sans fil et de leur rayon de diffusion de 5 à 10 kilomètres pour utiliser la technologie VoIP, qui transmet la voix par la Toile. Son atout : offrir des appels gratuits entre les "abonnés Dabba", qu'ils aient un téléphone portable ou fixe, les appels vers les autres opérateurs étant, eux, payants. Outre les townships, Rael Lissoos vise également les quartiers pauvres des grandes villes, à l'image d'Hillbrow, dans le centre de Johannesburg. "Là-bas, il y a déjà quelques centaines de téléphones connectés, on devrait être à 20 000 en septembre", prédit-il. Il assure que son modèle est rentable à long terme, "même si, aujourd'hui, on ne gagne pas encore d'argent". Elu entrepreneur social sud-africain de l'année en 2008, Rael Lissoos a débuté en fournissant du contenu éducatif en vidéo à des écoles rurales. Le 23 mars, il inaugurera un institut de formation. Pour la première session, dix habitants des townships étaient attendus pour apprendre en deux semaines à se servir de sa technologie. Objectif : les aider à monter leur propre entreprise pour répandre son modèle "low cost".


Source : Le Monde, le 23 mars 2009.


Partager cet article

Repost 0
Published by Ibrahima - dans Les opérateurs
commenter cet article

commentaires