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  • : Ce site traite de la question des usages des TIC par les collectivités locales, mais aussi par les individus. En Afrique particulièrement, mais également dans le monde.
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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 15:17
De nombreux déchets échappent à la législation de plus en plus contraignante des pays développés pour trouver asile en Afrique. Tour d'horizon.De véritables cavernes d'Ali Baba ! Ces magasins qui prospèrent depuis quelques années dans nos grandes métropoles pourraient bien être assimilés à de gigantesques poubelles. Et même si, à la différence des poubelles ordinaires, les objets ici font l'objet d'un commerce florissant, on n'est pas moins interloqué par la diversité de ce bric-à-brac extraordinaire qui représente un tableau saisissant de ce que peut être le marché de la brocante.

Brocante ? Le mot est déjà fort usé pour traduire la réalité de ce que cache, au fond, le déversement massif dans les villes du Sud, d'objets usagés à la nature aussi variée. Vêtements, voitures, réfrigérateurs, médicaments, vaisselle, produits alimentaires, cosmétiques… Tout y passe. Et tout le monde, apparemment, y trouve son compte.


Brocante


Il n'y a qu'à voir la félicité avec laquelle les comptoirs de la brocante (d'aucuns diraient le marché des occasions) se sont multipliés dans nos villes. Ils attirent surtout une clientèle à la bourse mince, généralement peu scrupuleuse et moins soucieuse des précautions d'hygiène. Et dans un contexte de paupérisation quasi généralisé si commun aux villes africaines, l'activité gagne du terrain, d'autant que les produits sont " bon marché ". Mais à bien y regarder, il ne s'agit que de rebuts, des ramassis de poubelles venus du Nord. Et même si les objets vendus ne sont pas toujours du goût de tout le monde, il y a quand même de bonnes raisons de s'émouvoir quant à l'origine et même la qualité de ces marchandises d'un autre âge.


N'en déplaise aux puritains. " L'état des objets ne nous intéresse pas, nous prenons tout ce que nous trouvons la-bas. Les clients, ici, font le tri ", lance fièrement, un importateur. M. Chekem est installé au quartier Omnisports de Yaoundé. Tous les deux mois, son " dépotoir " connaît une affluence particulière. Et à chaque débarquement, ce sont les mêmes frigos usés, les mêmes cuisinières enfumées, les mêmes chaussures usagées, des meubles crevés, des fers à repasser d'une autre génération, des tondeuses à raser, des cosmétiques, et parfois même des sous-vêtements… Et dire que ça fait courir des foules ! La marchandise est tellement sollicitée ici que " les gens passent parfois la commande plusieurs mois à l'avance. Et même en cas de non satisfaction, ils sont prêts à accepter ce qu'on leur propose ", indique un commerçant. " Généralement, poursuit-il, au bout de deux mois, nous avons écoulé le stock ".


Passe pour le commerce florissant qui pourrait bien être source d'emplois pour bon nombre de personnes. Mais on s'interroge toujours sur ce type d'activité qui consiste essentiellement à revendre, en Afrique, des rebuts de poubelles venues d'Europe. On a franchement le sentiment, au regard de la prolifération des magasins d'occasions, que les poubelles d'Europe se sont déportées en Afrique. Il y a en effet longtemps que le phénomène des voitures d'occasion est entré dans nos mœurs, de même qu'on a fini par intégrer la culture de la friperie comme faisant partie de nos mœurs vestimentaires… On doit maintenant s'habituer aux meubles et même à la vaisselle et autres objets encombrants dont on imagine qu'ils n'auraient pas pu trouver place en toute quiétude dans une Europe si soucieuse de la préservation de son environnement.


Déchets toxiques


L'Afrique ne serait-elle que la poubelle de l'Occident ? Tout porte à y croire, surtout lorsqu'on sait que l'activité ne se limite pas aux seuls effets domestiques. On se souvient en effet de cet épisode qui au début des années 90 agita les milieux écolos : d'importantes cargaisons de déchets toxiques avaient été découvertes au large des côtes ouest africaines (Bénin, Togo) emmenées par de riches multinationales venues du Nord qui s'apprêtaient à s'en débarrasser en les reversant en haute mer, avec la caution des hautes sphères dirigeantes de certains pays.

L'affaire fit grand bruit, avant de se perdre dans les miasmes politiciennes d'une classe dirigeante visiblement portée vers d'autres combats. Mais il ne fait aucun doute que l'activité s'est poursuivie aussi bien au large des mêmes côtes ouest-africaines qu'ailleurs sur le continent, où de larges écosystèmes sont généralement transformés en dépotoirs de l'Europe contre d'importantes royalties. Ce sont en général des produits toxiques, des rebuts chimiques, provenant des industries qui auraient payé cher pour les faire recycler et qui trouvent en Afrique une terre d'accueil généreuse, là où les frontières sont souvent poreuses, les législations muettes, les mouvements écolos sans moyens et les populations ignorantes.


Poubelle en plein coeur d'Abidjan (Côte d'Ivoire)


Illustration. Il y a quelques mois, une association de consommateurs camerounais a publié un communiqué incendiaire mettant en cause la qualité d'un certain lait exposé sur les étals d'un grand supermarché de la ville de Yaoundé. L'affaire, bien que relayée par la presse du Cameroun, n'a pourtant pas mobilisé grand monde autour de ce qui pouvait véritablement lever un pan de voile sur la qualité -de plus en plus douteuse- des produits de consommation importés de l'Occident. Ce supermarché de grande réputation écoulait tranquillement son lait avarié, sans la moindre gêne. Seuls quelques clients un peu curieux se sont inquiétés de ce lait qui dégageait une " forte odeur d'arachide crue ". L'affaire s'étant par la suite ébruitée, les responsables de cette grande surface ont dû retirer le produit querellé, non sans l'intervention énergique de l'administration.


Cette histoire, pour anecdotique qu'elle soit, remet au goût du jour la vieille problématique de la sécurité des aliments importés des pays riches et qui débarquent dans nos grandes surfaces sans la moindre précaution. Il en est ainsi des aliments conditionnés produits aussi bien à base de plantes (OGM) que de bétail ou encore de volaille. Inutile de dire quelle est la place réservée à ces produits, dans les pays africains aux systèmes agricoles des plus délabrés, où les crises successives ont fini par rendre indispensables ces importations devenues elles aussi d'autant plus incontournables qu'elles sont généralement à la portée des bourses les plus pauvres. Tout allait bien jusqu'à ce qu'éclatent en Europe les scandales successifs de la vache folle, du poulet à la dioxine, de la fièvre aphteuse… Où il est démontré que pendant longtemps, alors que certains aliments étaient frappés d'interdiction en Europe, ils ont continué à être écoulés tranquillement vers le continent noir.


Farines animales


De nombreux rapports l'attestent aujourd'hui. Lorsque l'Europe entière, au lendemain de l'apparition des premiers cas d'encéphalopathie spongiforme bovine décrète l'embargo sur l'utilisation des farines animales, d'importantes quantités ont déjà depuis longtemps (entre 1994 et 2000) pris les chemins de l'Afrique. Elles ne seront ni interdites ni retirées du marché. Et ils se comptent au bout des doigts les Etats qui ont pris des mesures conservatoires face à l'invasion inopportune de leur pays par des viandes dérivées de la " vache folle ", venues de l'Occident affolé, si oui après coup. On pourrait dire autant du poulet à la dioxine et autres farines animales dont on sait qu'elles ont longtemps meublé nos repas au moment où l'Europe gardait la plus grande vigilance sur leur circulation au plus fort de la fièvre aphteuse.


Ainsi, chaque fois que l'Europe ne sait plus quoi faire des rebuts de son inhumaine croissance, elle s'empresse de se tourner vers l'Afrique, terre d'asile sans limite où la protection de l'environnement n'est pas la priorité. L'on sait par exemple que de nombreux pays occidentaux ont adopté une législation assez sévère en matière de transport et de protection de l'environnement de manière générale. Il est inadmissible, par exemple, qu'un engin d'un certain âge continue de rouler dans un environnement où les rejets de dioxyde de carbone dans la nature sont rigoureusement contrôlés. Il est tout aussi inadmissible que des réfrigérateurs autrefois fabriqués au CFC (chlorofluorocarbones), substance reconnue nuisible à la couche d'ozone, retrouvent une seconde jeunesse en terre africaine alors que leur présence n'est plus tolérée sur le sol européen. Autant de paradoxes qui rythment le déclin continue d'un continent, plus que jamais poubelle de l'histoire. A qui la faute ? A la mondialisation, peut-être.




Source : Camber.be, le 9 octobre 2009.

 

 

 


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Published by Ibrahima - dans N'importe quoi !
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