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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 10:39

http://www.sante20.com/wp-content/uploads/2009/12/sante20.pngLe domaine de la santé ne fait pas exception quant aux transformations qu’Internet entraîne dans les communications entre individus et dans les conditions d’accès et de création du savoir, bien au contraire. S’il veut atteindre ses objectifs, le milieu de la santé ne peut aujourd’hui faire abstraction de cet environnement omniprésent qui offre des perspectives nouvelles pour rejoindre la population. C’est l’un des messages lancés les 10 et 11 mai derniers lors du colloque Internet et santé: Stratégies d’usages et d’intervention présenté dans le cadre du 78e Congrès de l’ACFAS, à l’Université de Montréal. Pensé et organisé par le Groupe de recherche Médias et Santé, en collaboration avec le Réseau de recherche en santé des populations du Québec (RRSPQ), ce colloque avait, pour centre d’intérêt, les pratiques de différents acteurs en santé à l’ère d’Internet.

 

Diffusion des savoirs et redéfinition des relations

D’abord source d’information pour les professionnels, Internet offre désormais de nombreuses formes de diffusion et d’échanges d’information sur la santé qui sont aussi accessibles à la population. Les stratégies de santé publique à l’affût de ces changements se bonifient de sites Internet pour diffuser leurs messages et se tournent de plus en plus vers les médias sociaux comme Facebook, Twitter ou YouTube pour intervenir auprès de certaines populations cibles qui y sont particulièrement actives, notamment les jeunes. On assiste alors à l’explosion d’initiatives tantôt gouvernementales, tantôt commerciales, tantôt communautaires, pour diffuser l’information en matière de santé et ce, dans un mode de plus en plus participatif. Car dans cet espace démocratique qu’est le Web 2.0, les utilisateurs peuvent aussi être créateurs de contenu.

 

L’exemple Facebook est évocateur en matière de production de contenu par et pour les utilisateurs: une panoplie de «groupes» et de «pages» sur différents thèmes voient le jour quotidiennement et les contenus se renouvellent au gré de l’actualité et des préoccupations des participants. Il semble cependant, selon différentes recherches, que si les pages se multiplient, les idées, elles, ne semblent pas se multiplier et la construction des savoirs se fait plutôt rare.

 

Dans les forums électroniques dédiés à la santé, la construction des savoirs est plus présente et mène à des connaissances d’ordre expérientiel moins accessibles autrement. S’ouvre alors une nouvelle forme de soutien: de véritables communautés – parfois en présence d’un expert, parfois non – se créent autour de thèmes liés à la santé, principalement les maladies (souvent rares) et leurs traitements. Les recherches démontrent que les utilisateurs y abordent des questions qui trouvent souvent peu de place dans les échanges avec leur professionnel de la santé: inquiétudes, effets d’une maladie ou d’un traitement sur leur vie familiale, conjugale ou sexuelle, détresse psychologique, etc. Il en va de même des blogues personnels qui, de lieux d’expression pour l’auteur, deviennent sources d’information pour le lecteur qui, à son tour, peut y ajouter un encouragement ou un témoignage.

 

Ces nouvelles formes d’accès au savoir ne sont pas sans soulever certains questionnements à l’égard de la validité de l’information qui y est trouvée (sources commerciales, informations incomplètes, témoignages) mais aussi à l’utilisation qui en est faite (désinformation, dépendance, médicaments détournés). Il faut savoir cependant qu’Internet demeure, en matière de santé, une source d’information parmi d’autres. Le médecin de famille et les autres professionnels de la santé représentent les deux premières sources d’information, auxquelles s’ajoutent la famille et les amis, suivis des médias écrits et, au cinquième rang, Internet (Conseil canadien sur l’apprentissage, 2008).

 

L’information accessible à la population peut sembler désorganiser la pratique des professionnels de la santé, mais on constate que les patients plus informés ne questionnent pas nécessairement la confiance accordée à leur professionnel. Ils entrent plutôt dans un mode d’échange avec celui-ci et sont plus responsabilisés à l’égard de leur santé. C’est justement ce qu’ont en tête les différents acteurs qui élaborent des stratégies de promotion et de prévention.

De l’information en ligne à l’accompagnement en ligne

Si l’information en ligne et l’utilisation des médias sociaux pour rejoindre la population en santé publique ont été les points d’intérêt majeurs du colloque, d’autres utilisations d’Internet en santé sont possibles mais ont été peu évoquées. Quelques initiatives en santé communautaire (RÉZO, VIH ta vie, Info-Trauma) montrent le potentiel de l’interaction intervenant-patient par le biais d’Internet. Dans la majorité des cas, l’interaction est limitée puisqu’elle n’est pas synchrone mais s’appuie plutôt sur la présentation de séquences vidéo spécifiques à la situation de l’individu, connue grâce à des questions posées à même la page consultée. Elles ne peuvent donc rivaliser avec la présence, même virtuelle, d’un intervenant en temps réel.

 

Ce type d’intervention asynchrone conduit logiquement à son équivalent synchrone par voie de vidéoconférence, qui offre des avenues prometteuses pour rejoindre les populations éloignées où les services spécialisés sont rares ou absents. Des méthodes de psychothérapie aussi efficaces que leur équivalent en face à face ont été expérimentées. Des enjeux éthiques et méthodologiques continuent de se poser concernant l’intervention en réseau, notamment en santé mentale, mais ils ne pourront rivaliser avec l’enjeu majeur qu’est celui de la pénurie de ressources spécialisées en région.

Fracture numérique et concertation des efforts

L’une des préoccupations soulevées, à juste titre, tout au long du colloque est celle de la fracture numérique. Si, dans les pays industrialisés, ce sont 62% des individus qui accèdent à Internet, cette proportion n’est que de 17% dans les pays en voie de développement. Et encore, dans les pays industrialisés, la probabilité d’avoir accès à Internet (et plus particulièrement aux technologies de pointe) va de pair avec le jeune âge, un niveau d’études élevé et un revenu élevé, des données qui se reflètent aussi dans la consultation d’information en ligne sur la santé. Outre cette question de l’accès, celle de la compétence à utiliser Internet et ses nombreuses affordances se pose également. Comment faire en sorte alors qu’Internet ne creuse pas davantage ce fossé entre les individus alors qu’il vise justement la démocratisation et l’accès pour tous ?

 

Le virage numérique en santé ne doit pas mettre de côté les communautés défavorisées par leur statut socioéconomique ou leur situation géographique, mais bien s’y intéresser directement afin de capitaliser sur les possibilités d’Internet pour optimiser, d’une part, la responsabilisation de la population face à sa propre santé et, d’autre part, l’offre de services à ces populations. Des initiatives auprès de petites communautés dans différents secteurs ont montré que la mise en réseau s’avérait pertinente pour améliorer les conditions des populations qui s’y trouvent. Les initiatives en santé devront donc aller au-delà de l’information en ligne et offrir des services par le biais d’outils dont la diversité permettra de rejoindre chaque clientèle.

 

Tout comme l’usage des médias sociaux doit être intégré à une stratégie de communication plus globale en santé, les initiatives impliquant des technologies devront être intégrées dans un ordre de soins général. De nombreux projets existent à ce jour, mais rares sont les initiatives globales et intégrées qui verront des retombées durables plutôt que les projets morcelés, aussi prometteurs soient-ils.

 

 

 

Source :  CEFRIO, le 24 juin 2010.

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Published by Ibrahima - dans Accès-Usages
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