Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : COMPRENDRE LE DEFI DU NUMERIQUE
  • COMPRENDRE LE DEFI DU NUMERIQUE
  • : Ce site traite de la question des usages des TIC par les collectivités locales, mais aussi par les individus. En Afrique particulièrement, mais également dans le monde.
  • Contact

Rechercher

Archives

24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 09:12

http://images01.olx.fr/ui/4/29/54/27132554_1-STUDIO-16M-TOUT-CONFORT-TOUT-COMPRIS-ELEC-TELE-PHONE-INTERNET-CLIM-EAU-Chemin-Meric.jpgL’économie numérique (télécommunications, logiciel, services informatiques, services en ligne) représente le secteur le plus dynamique de l’économie mondiale. Dans la majeure partie des pays développés, son taux de croissance est le double de celui de l’économie. Elle représente désormais plus de 25 % de la croissance mondiale. Elle en représentera 30 % avant 5 ans.
 
L’économie numérique est le principal facteur de gain de compétitivité des économies développées. Les investissements dans l’économie numérique sont identifiés comme les plus productifs, parce qu’ils accroissent la compétitivité de l’ensemble des autres secteurs de l’économie. En France, cet investissement est deux fois plus faible qu’aux États-Unis, et trois fois plus faible que les pays d’Europe du Nord, au Japon ou en Corée.  
 
En Pays de la Loire, plusieurs éléments sont réunis pour qu’un tel chantier s’engage. La région possède une communauté des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et multimédia vigoureuse, un ensemble significatif d’universités et grandes écoles avec une bonne capacité de recherche  et de projets, des acteurs publics mobilisés et l’existence de quelques initiatives marquantes.


Le constat est que la fracture numérique n’a pas été suffisamment réduite dans notre région. Malgré un réseau très haut débit (Gigalis) mis en place par l’Etat et la région, les Pays de Loire n’ont pas une identité fortement affirmée sur les TIC. En effet, les TIC ont été utilisées sur des projets sectoriels (santé, formation professionnelle…) sans stratégie d’ensemble ou de prise en compte d’actions transversales.

 

Par ce projet, le mouvement démocrate propose  de : 

  • Permettre à tous les Ligériens d’accéder aux réseaux et aux services numériques en veillant à l’équité territoriale pour les populations et les territoires dans l’accès aux TIC (formation et accès)        
  • Développer la production et l’offre de contenus numériques dans une perspective de mieux-être de la population et de meilleur développement de la région (télémédecine, travail à distance, aide au maintien à domicile, émancipation pour les personnes andicapées, administration, éducation, économie, culture, recherche et innovation…)
  • Accroître et diversifier les usages et les services numériques dans les entreprises, les administrations, et chez les particuliers afin d’installer une dimension TIC dans le quotidien des Ligériens.
  • Moderniser la gouvernance de l’économie numérique.

1) Permettre à tous les ligériens d’accéder aux réseaux et services numériques

Depuis 2008, la région a mis en place 37 espaces régionaux numériques (ERN), lieux de service public ouvert à ceux qui souhaitent accéder aux TICs et être accompagnés par un animateur expérimenté dans l’utilisation d’Internet. 

Budget et chiffres : 306 000 € dans les ERNs,  514 000 € pour leur fonctionnement, 76 000 € pour 17 projets d’usage, 130 000 € dans la création d’une plateforme numérique ouverte au public comme aux animateurs avec le soutien de l’Europe. 

  
Réseau haut débit : Créé depuis 2000, le syndicat mixte Gigalis dont la mission est la fourniture de services de communications électroniques et le développementdes services et usages innovants

Les candidats de Pays de la Loire Démocrates  souhaitent pour notre région    

  • Développer plus d’espaces numériques en partenariat avec les communes, les communautés de communes, associations et organismes de formation.
  • Moderniser la gouvernance de l’économie numérique en impliquant l’ensemble des acteurs des systèmes d’information des différentes administrations de l’État, des organismes de protection sociale et des représentants des collectivités.
  • Généraliser l’Internet haut débit dans la région. L’Internet haut débit, c’est l’accès à l’information, à l’éducation, à la formation, à la culture, aux loisirs, au télétravail, au commerce à distance, aux formalités administratives en ligne. 

2) Investir dans l’économie numérique

La région possède un bon tissu d’entreprise, un ensemble d’universités, grandes écoles et organismes de formation avec une bonne maîtrise des TICs. Le marché Ligérien voir Français n’est pas assez développé dû à une démocratisation et une massification des usages  de l’Internet insuffisante.
      
Orientations pour notre région 

  • Promouvoir les usages numériques dans les entreprises.
  • Le logiciel libre représente un potentiel économique et industriel considérable. Le marché du logiciel libre et interopérable est générateur d’emplois et services à haute valeur ajoutée, innovants, peu polluants et non délocalisables sur tout le territoire. La région dispose dans ce domaine d’atouts reconnus dans nos universités, associations, PME : Les pays de loire doit favoriser le développement de logiciels libres.

3 ) Financer l’innovation numérique
 
Pour être compétitive, l’économie numérique passe nécessairement par le couplage entre recherche et innovation d’une part, et développement des PME très innovantes.

Orientations pour notre région    

  • Soutenir le développement et  la recherche des TIC par les CIR (Crédit d’Impôt Recherche)    
  • Favoriser la création de jeunes entreprises très innovantes
  • Mettre en place une plateforme d’innovation numérique qui allient entreprises, centre de recherche et établissement de formation. 
  • Attirer les fonds d’investissement pour les entreprises innovantes.
  • Renforcer la coopération Européenne
  • Favoriser l’accès des entreprises innovantes (logiciel et services) aux marchés publics

4) L’innovation numérique au service du lien social et du développement durable :

L’aménagement numérique de la région et le développement des usages des TIC permettront le développement de nouveaux services favorisant le développement durable et le lien social.
 
En conclusion les souhaits pour notre région sont de :

  •  Promouvoir les technologies numériques les plus sobres en énergie et en déchets
  •  Favoriser les bonnes pratiques de l’utilisation des technologies numériques dans l’industrie, les services et la vie quotidienne afin de diminuer les émissions de gaz à effets de serre. Par  exemple il est préférable pour une entreprise qu’elle puisse communiquer en visio conférence avec ses différents filiales en France ou à l’étranger que d’utiliser l’avion pour des réunions sur chaque site.
  • Développer le télétravail pour réduire les déplacements : développer les outils et mesures fiscales pour les entreprises.
  • Favoriser les projets innovants dans l’aide au maintien à domicle, au regain des activités locales.

 Par Yannick Prud’homme, consultant en nouvelles technologies (candidat en Loire Atlantique)


Source : Pays de la Loire Démocratique, le 24 février 2010.



Repost 0
Published by Ibrahima - dans Avis-interview
commenter cet article
24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 09:05
http://www.immobilia-re.eu/wp-content/house/michel_maffesoli.jpgMichel Maffesoli
Professeur de sociologie à la Sorbonne à Paris. Il est connu pour sa théorie de tribus et il est engagé dans le projet du Grand Paris de Sarkozy, qui prévoit un développement important de la région métropolitaine de Paris. Selon le grand sociologue français, à l'origine des changements du post modernisme il y a un mouvement de fonds qui est dû à une nouvelle façon de concevoir l'espace sans frontières, conduisant à la création spontanée de tribus métropolitaines en mouvement continu, poussées par la redécouverte des valeurs communautaires, des valeurs du plaisir, d'une nouvelle culture de l'habiter.

Biographie complète sur ceaq-sorbonne.org

Michel Maffesoli “Dans la ville de l’avenir, les styles de vie seront tribaux”
Par les nouvelles technologies post modernes change la conception d’espace de vie, dans l’ère « glocal » les tribus métropolitaines circumnaviguent le globe


Qu’est-ce que la ville moderne? Un espace individuel et collectif qui embrasse, protège, incorpore, enferme, limite, suffoque, déprime? Comment va évoluer le concept d’espace habité, auquel concourent institutions, architectes, urbanistes, artistes, sociologues mais, surtout, citoyens? 


Sommes-nous donc à un tournant qui voit l’Europe, malgré le recul des institutions, traversée par un mouvement de fond, un ensemble de tribus urbaines composées par de jeunes générations en mouvement. Un mouvement global poussé par les possibilités du Réseau d’aller au-delà de n’importe quelle limite, de n’importe quelle barrière, par la mobilité qui donne Internet, par le nouveau concept d’espace circumnavigabile qui casse les perspectives géographiques, économiques, sociales. Les villes métropolitaines représentent le modèle le plus intéressant d’évolution parce qu’elles dépassent la conception de ville centralisée à travers l’extension vers de nouvelles périphéries qui prennent toujours plus le rôle de centres pointillés, par un continuum territorial du milieu bâti au milieu naturel, accompagnées par un sentiment d’enracinement local renouvelé. Nous avons demandé à Michel Maffesoli, le grand sociologue français qui a pris la chaire d’Emile Durkheim à la Sorbonne de Paris, de nous fournir une prévision sur l’avenir des villes et sur les développements possibles, une photographie d’ensemble des indicateurs qui vont nous faire passer dans l’ère postmoderne.

La dépression est le mal du siècle. L’Oms prévoit que,  dans vingt ans, elle sera la maladie la plus diffusée au monde. Le bilan actuel est d’environ 800 suicides par an. Elle est plus diffusée que le cancer et le Sida. Dans quelle façon, l’homme est influencé par l’espace dans lequel il vit?


Dans son livre La renaissance d’Aphrodite Ginette Paris écrit: Les Arabes avaient compris déjà au IX e au X siècle qu’un jardin fleuri, la compagnie de poètes et de musiciens et de la bonne table étaient essentiels dans les lieux de soin. Dans notre civilisation, qui privilégie la puissante civilisatrice d’Apollon et néglige celle d’Aphrodite, la plupart des hôpitaux, des lieux de travail et souvent des maisons ressemblent plutôt aux casernes qu’aux temples d’Aphrodite. Je suis tout à fait en accord avec la citation de Ginette Paris, la collègue quebèquoise. Dans mon livre L’ombre de Dionysos j’avais montré que l’ombre de Dionysos allait se répandre sur les villes postmodernes. La dépression, ce mal être de vivre dans les villes, est quelque chose qui caractérise encore la modernité dans le sens classique du terme. Elle a commencé au XVIII° siècle et elle est en train de s’achever maintenant. Les temps modernes ont élaboré une ville parfaitement rationalisée où l’on avait évacué tout désordre, tout plaisir d’être et donc ce qui avait prévalu c’était le quantitatif, pas le qualitatif. Il s’agit d’une caractéristique de toutes nos villes occidentales, européennes et américaines du Nord, contrairement à celles qui sont en Extrême-Orient, en Amérique Latine. Elle était conçue d’une manière très rationnelle dans le sens d’évacuer les pulsions, les émotions, les passions, l’art dans le sens général du terme. L’analyse de l’OMS comprend donc ce genre de réalité urbaine. 
Mais maintenant un changement qualitatif est en train de s’opérer. Dans tout mon travail, tout ce que j’ai essayé d’écrire dans mes divers livres, de L’ Ombre de Dionysos, Au Ré enchantement du monde. Morales, éthiques, déontologies, (Paris, éd. Table Ronde, 2007 ), à Apocalypse, (Paris, CNRS éditions, 2009), qui ont été traduits en Italien, j’ai essayé de démontrer que nous entrons dans un moment post -moderne: les jeunes générations ne veulent plus accepter ce schéma de rationalisme et cette conception qui s’est nourrie d’un humanisme tout à fait cartésien, d’un urbanisme qui est une négation de l’espace et que l’on voit de plus en plus contaminée par la vie sociale, par le retour du qualitatif, du plaisir, à l’espace. Toute la sensibilité écologique, même dans la nourriture avec l’exemple du Slow Food en Italie, quoique avec de retard institutionnel (on voit bien ce qui s’est passé à Copenhague) est très exemplaire de cela. Dans le fond il y a une lente démarche qui pousse à penser que l’on peut plus dévaster le monde, dévaster la terre, dévaster les villes. À mon avis cette jeune génération va être attaché à des lieux, va redonner de l’importance aux lieux urbains. Ainsi, dans ma ville, Paris, des lieux comme la fontaine de Saint Michel, le Parc des Princes pour le sport, Montmartre pour le théâtre et le plaisir deviennent des espaces fondamentaux d’un tissu social qui redécouvre la qualité de l’existence. Londres c’est exactement la même chose, Barcelone aussi. Vous pouvez trouver des quantités d’exemples.

Quelles Utopies circulent dans le nouveau millénaire? 


L’utopie de redécouvrir la qualité de vie est en gestation. L’inversion a commencé à se cristalliser dans les années’80 quand on a pris conscience du qualitatif de l’existence. Mais, il y a eu des points annonciateurs dans les années’50 et’60. Les choses ont commencé à bouger déjà dans le post-modernisme architectural dans les années ’60 de l’architecte italo-américain Venturi – Robert Venturi, Philadelphia 1925 - le stylique de la même décennie, les révoltes juvéniles eu Europe. Je parle d’«utopique» parce que ce mouvement n’est pas majoritaire mais tout nos études de sociologie montrent qu’en particulier ces jeunes générations n’acceptent plus une conception quantitative, économique, financière de la vie sociale. Tout mon travail, et je ne suis pas le seul, est de démontrer des frémissements, des indices de ces utopies qui sont en train de contaminer le monde social. Maintenant l’exemple européen est intéressant. Par le biais du monde étudiant il y a une extraordinaire mobilité entre Bonn, Milan, Paris, Cologne, Rome, Helsinki, Bratislava. Cette mobilité, qui a des racines archaïques déjà au Moyen Age, revient et trouve un développement très fort grâce à l’informatique, à Internet. On voit bien ce processus de contamination, là où il y a une circulation d’informations, d’affections, de gens, c’est le retour de l’idée du Moyen Age plus Internet après la parenthèse moderne de trois, quatre siècles. Aujourd’hui on est en train de retrouver l’idée de circulation de la pré modernité plus internet. Donc on est en train de retrouver une “circumnavigation de l’espace”. L’italien Federico Casalegno, qui travaille au MIT à Boston, a repris mon idée de tribus comme précurseur. Donc l’Europe est traversée par ce “nomadisme tribal” grâce à Internet, une contamination importante qui est en gestation. Et c’est pour cela que je partager l’avis pas d’accord avec cette projection de la dépression. L’idée de la dépression est normale, je le comprends bien, si on reste dans le schéma de la ville moderne. Mais il y a quand même toute une série d’indices qui montrent qu’il y a une nouvelle manière d’occuper l’espace. La co-location des jeunes étudiants a une origine économique, de partager les frais. Mais cela engendre un style de vie nouveau: la vie communautaire, je dis tribale, de la “tribus urbaine”. Et ce développement des tribus urbaines redonne une qualité de vie, comme écrite Ginette Paris. C’est un peu l’idéal de vie de Heidegger «l’homme habite en poète».

La tendance tribale des jeunes, après être entré dans le monde du travail, va imploser dans le respect d’un mode de vie plus traditionnel ? 


Ces jeunes générations sont le “laboratoire” métaphorique d’un mode de vie. Pour le moment ce processus se limite à ces jeunes générations, mais, par contamination, cela va se développer dans l’ensemble du corps social. L’une des expressions de cela en France, par exemple, est le fait que la structure familiale d’un homme et d’une femme est en train d’éclater: actuellement deux mariages sur trois cessent au bout de deux ans. Pourquoi il y a ce taux? Parce que simplement il y a une autre manière de vivre qui a été initié au cours de la jeunesse. C’est pour cela que ce mode de vie représente une contamination. C’est parce qu’il y a de nouveaux modes dans la sexualité, dans la manière d’être, dans l’occupation de l’espace, etc. qu’après on ne se satisfait plus de la simple vie familiale. C’est pour cela qu’on ne peut plus dire «oui ce n’est qu’un moment, après on rentre, on se normalise, on se marie, on va avoir des enfants, un métier.» Cela n’est plus tout à fait vrai maintenant. Il y a des statistiques sur Paris et New York qui montrent que le 50% des Parisiens et new-yorkais sont intra-mores, des célibataires. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de vie sexuelle, mais qu’il y a une vie sexuelle libre. Il y a de vrais changements de paradigme. En projection, les maladies urbaines qui étaient le propre de l’isolement familial vont laisser la place a des tribus avec des changements très importants sur la vie sociétaire.

Quels événements exceptionnels est-ce que nous pouvons en attendre ? Un Moyen Age nouveau ?

À mon sens il y a un processus inéluctable qui va voir se développer cette possibilité de nomadisme. C’est quelque chose qui est assez proche de ce qui s’est passé au Moyen Age quand on peut circuler dans tous les sens, il n’y avait pas de frontières. Tout pouvait circuler, même la maladie, la peste, donc actuellement c’est le Sida, maintenant c’est le virus de la grippe A. Je ne connais pas à fond le débat sur le pont de Messine, mais je sais qu’il y a eu des protestations au Piémont contre le train à grande vitesse. Qu’il y ait des processus de peur c’est compréhensible, ça va encore exister. Mais il y a quelque chose d’inéluctable dans le développement de cette circulation. Encore une fois il faut rappeler que la circumnavigation par Internet favorise le désir d’aller voir l’autre, de rentrer en contact. Nous avons fait des études démontrant que des tribus musicales dans une petite ville du Sud Ouest de la France rentraient en contact avec des mêmes tribus musicales de Prague ou de Bratislava par Internet et puis, du coup, donnaient envie d’aller se visiter. Donc il y a «circulation». Du moment où il y a le désir de circuler,  je dirais presque une pulsion de circuler, du coup ça va favoriser les éléments qui unissent: les ponts, les trains à grande vitesse, les avions. La multiplication des compagnies aériennes low cost est un exemple intéressant. Qu’on le veuille ou non, s’il y a désir, il y aura une réponse technique. C’est évident que, dans ce moment-là, il y a des craintes, il y a des manifestations de la peur, il y a des rétrécissements presque sur des positions très archaïques. Prenons ce qui s’est passé à Rosarno, le petit village dans le Sud de l’Italie. Un évènement qui montre comment peuvent exister une xénophobie, des peurs qui sont une normale conséquence du nomadisme qui d’un coup conduit à la libre circulation en soulevant des craintes. Nous sommes exactement dans ce moment. La peur est toujours hystérique. Le propre de la peur c’est qu’elle ne s’adresse pas au cerveau, elle s’adresse au ventre. Elle est irrationnelle. À bien des égards, ça veut dire que, à contrario, ça montre l’importance du nomadisme. En France il y a des processus semblables: on a peur de l’étranger (des Arabes, des Roumains), de l’autre. Mais, qu’on le veuille ou non, nous nous trouvons face à un processus inéluctable. Et ça va ré circuler, dans le vrai sens du terme.

La mafia et les mafias sont des exemples de réalité tribale


C’est difficile parce que je ne connais pas assez le système de la mafia qui en France est moins affiché qu’en Italie. Dans mon livre Le temps des tribus. le déclin de l’individualisme dans les sociétés de masse. La Table Ronde, 2000, j’ai souligné qu’ils existent des aspects positifs et négatifs du tribalisme. C’est-à-dire qu’il y a d’un côté des formes de générosité, de solidarité. Et de l’autre côté il y a du pire, comme le protectionnisme criminel, une forme de défenses très corporative. Notre espèce humaine n’est jamais ni tout blanche ni tout noire. C’est le “clair-obscur” de l’existence si je peux le dire.

Les Italiens sont corporatifs, protectionnistes, sédentaires, pour la plupart propriétaires de leur maison. 


Je ne suis pas sûr que l’idée de propriété est quelque chose qui va se développer. Le divorce crée énormément de problèmes comme de diviser un appartement. Ce grand développement du tribalisme va fragiliser l’idée de propriété qui est une idée bourgeoise, de la modernité. La post modernité est beaucoup plus aléatoire: on ne va pas s’établir, on ne va pas acheter un appartement, on fait circuler beaucoup plus les biens. Il y a des études qui montrent que les voitures mêmes ne seront plus de propriété individuelle. Alors que la voiture c’était le sommet de ce qu’on achetait, et maintenant l’idée de covoiturage qui est en train de se développer dans nos villes montre bien que même cet objet qui est un peu plus individuel est en train de laisser la place à autre chose.

Mais les Italiens se voient individualistes, le Berlusconisme est-il un modèle de référence ? 


Il fallait questionner un sociologue italien… Mais je vois comme grande tendance de fond la dimension tribale, le “sociétal“ qui n’est pas de simple social. Ce concept, qu’on ne voit pas uniquement en France, va prédominer pour dépasser le concept de propriété. De la voiture, de la maison, de l’appartement., Je ne saurais pas quoi dire à propos de Berlusconi. Mais je peux m’exprimer à propos de Sarkozy. Dans sa campagne électorale, il ne cessait de répéter qu’il fallait devenir propriétaire, que tout le monde devrait devenir propriétaire. C’était le leit motiv de sa campagne. Et l’on voit bien comment cela ne correspond pas vraiment au mouvement de fond. Il n’est plus en phase, il n’est plus en syntonie. Mes deux livres par lesquels je suis connu - «Le temps des tribus» et « Du nomadisme » qui ont été traduits dans divers pays – traitent ces deux pôles: retour de la tribu et circulation.

Les tribus, le nomadisme, la circulation sont les réponses à la trahison du progrès ?


Le mythe du progrès est une idée moderne. C’était une grande idée du XVIII ème, du XIX ème siècle. Mais je ne suis pas sûr que le progressisme soit encore une idée post-moderne.
Il va être supplanté par - j’utilise un oxymore - “l’enracinement dynamiques“. Le «glocal»  (qui est l’union des mots global et local) qui fait qu’on l’est très enraciné dans la région, dans le village, le terroir, le territoire et en même temps on est aux quatre coins du monde. L’un de mes anciens amis italiens, Giuliano d’Empoli - sociologue italiano, 1973 - qui est un essayiste assez connu, montre un retour des grands voyages de la période pré moderne de Marco Polo. Il y a donc à la fois le retour aux racines, l’attachement au terroir, aux produits du terroir, aux fruits du moment, et puis en même temps le fait que je peux partir à Tokyo, que je peux passer 15 jours à San Paolo, à Rio, etc. C’est ça l’enracinement dynamique. Ce n’est plus du progrès dans le sens simple du terme. Ce n’est plus le grand mythe du progrès qui faisait que l’on dépassait son lieu, l’on allait vers la parfaite société, uniforme de partout. Les villes modernes étaient toutes cela. Ces villes pouvaient donner les dépressions, les maladies. Maintenant je suis plutôt optimiste parce que je pense qu’il y a une poussée qui fait que l’on circule, l’on voyage et en même temps qu’il y a des racines.

Du point de vue de l’urbanisme il y a des exemples de ce phénomène ?


Oui, il y a d’exemples intéressants, mais pas en Europe. Ces grandes mégapoles à Seul, à Tokyo, à San Paulo ne sont plus des villes. C’est de la conurbation. C’est la ville à la campagne. Ce n’est plus la ville centralisée telle qui pouvait être Rome, Milan, Paris, Cologne, Madrid où il y avait un centre important, administratif, du pouvoir, ecclésiastique, etc. et des périphéries. J’appelle cette conurbation une jungle de pierre. Et dans le fond, les mégapoles post-modernes, qui ne sont pas des villes, c’est une autre conception de l’Urbaine. À Shanghai, à Hong Kong, même Daubai, la folie de Daubai, des grandes et belles constructions s’inscrivent dans une conurbation, c’est-à-dire où il y a plusieurs villes dans une ville. Pour moi le modèle c’est Tokyo, avec 40 millions d’habitants–, –  l’Italie dépasse de peu les 60 millions d’habitants, statistiques Istat 2009 - c’est le prototype. Ou Mexico car là il y a quelque chose qui fait dire qu’elle est une jungle. À l’intérieur de cette jungle, il peut y avoir de belles constructions, des palais des grands architectes, mais ce n’est pas le Louvre, ce n’est pas un centre. Il peut y avoir un palais et un kilomètre après un autre en français, je dirais en pointillé, avec plusieurs lieux symboliques où les tribus se retrouvent et dans lesquels s’identifient. J’emploie le mot du “haut lieu”: c’est cette conurbation très large, très lâche, où l’on peut y avoir des cristallisations de hauts lieux, où telle ou telle tribu va se retrouver, va se reconnaître. Tokyo possède ces hauts lieux.
Ces tribus peuvent avoir une identité culturelle, musicale, sexuelle, religieuse, sportive. Ce n’est plus une identité nationale dans le sens classique du mot “nation”. C’est vraiment des identifications qui vont se faire à partir d’une spécificité de rencontre sexuelle, sportive, religieuse. Et donc selon mon identité du moment, je vais me retrouver dans tel ou tel lieu.
Je crois qu’il y ait un vrai changement de paradigme aussi: une porosité entre le privé et le publique. Au XIX ème siècle on parlait du “mur de la vie privée” qui marquait la séparation entre la vie publique et le privé. Aujourd’hui ce mur est totalement poreux. Quand on regarde la télévision tout le monde parle de sa sexualité - ce qui était arrivé à Silvio Berlusconi est un exemple en Italie - ce mur devient poreux. Ce qui était impensable, il y a trente ans ». 

Quel est le devoir du sociologue par rapport au travail de l’urbaniste ?


Dans mon livre Notes sur la postmodernité, Editions du Fèlin, Paris 2003, j’ai utilisé la phrase Le lieu fait lien  en jouant sur l’euphonie entre le lieu et le lien. Par là je voulais dire que les sociologues de la modernité se n’étaient pas beaucoup intéressé à l’espace. Ce qui était important à cette époque c’était l’histoire. Et donc l’urbanisme était dans le fond secondaire. Je crois que la post-modernité redonne un peu cette lettre de noblesse à l’espace, à l’urbanisme de la ville. L’on est en train de repenser la ville, de refaire la ville tout comme au Quattrocento, dans la Renaissance on avait donné de l’importance à l’espace et au vivre ensemble. Maintenant peu importent les sociologues. Mais ceux qui s’intéressent à la vie sociale vont êtres obligés de s’intéresser de plus en plus à l’espace. Et c’est ce que j’appelle en français le lieu fait lien. J’interviens souvent dans des colloques d’urbanistes et j’ai été appelé à participer à des réflexions sur le projet du Grand Paris qui me paraît très intéressant. Pour moi il signifie voir ce qu’on peut faire en Europe de ce qui existe à Mexico, à Tokyo ou autre en dépassant le modèle centralisé de la ville moderne. Toutes les villes européennes – comme le philosophe Walter Benjamin le montrait - étaient centrées. En ce lieu, il y a plutôt cette idée de conurbation sur la jungle de pierre. Quelque chose qui est beaucoup plus lâche, bien large. Le fait qu’il n’y ait plus des vraies différences entre la nature, la campagne et la ville va être à mon avis la grande tendance. Et le Grand Paris en est l’expression en gestation. Je trouve que c’est un projet très ambitieux, très innovateur. Je ne sais pas si ça va se réaliser. Mais je le pense car rejoue cette conurbation que l’on trouve dans les mégapoles orientales. Je collabore beaucoup aussi avec le collègue italien, le professeur Massimo Di Felice. à San Paulo où l’on travaille sur le développement technologique, Internet, les réseaux et comment on ne peut plus penser la ville sans son intégration avec le développement technologique.


Daniela Paola Aglione
Traduction Elisabetta Carli
HOUSE, LIVING AND BUSINESS



Source : House Living and Business, 24 février 2010.



Repost 0
Published by Ibrahima - dans Avis-interview
commenter cet article
24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 09:00
http://www.lefaso.net/local/cache-vignettes/L337xH252/Azize_Ouedraogo-portrait-08533.jpgIl a fait son premier site Web il y a de cela une quinzaine d’années. Aujourd’hui, l’on retrouve sa touche dans une quarantaine de sites dans des domaines très variés, plusieurs de grande renommée comme votre portail favori (Lefaso.net) ou le site de l’ambassade du Burkina en France ou encore un site célèbre de rencontres en ligne (http://www.lovea2.com/). Son nom, Azize Ouédraogo, un architecte du Web, pour qui un site Internet « est avant une création, un œuvre d’art ». Lefaso.net est allé à la rencontre de celui qui, comme ses confrères, reste généralement dans l’ombre.

Qui est Azize Ouédraogo ?


Je tiens à remercier l’équipe de LeFaso.net pour l’opportunité qu’elle me donne de pouvoir m’exprimer sur mon parcours et mes expériences dans le domaine de l’Internet. Azize Ouédraogo, j’ai 34 ans, marié et père de 2 enfants. Je suis gérant de la société MANOD Technologie, Cabinet de Conseil en Ingénierie et développement Informatique.

 

Parlez-nous un peu de votre parcours ?


J’ai toujours été un passionné de l’informatique. Tombé très jeune dans l’informatique, j’ai côtoyé mon premier ordinateur dès l’âge de 13 ans. Je crois que c’est de là que s’est fait le déclic. Comprendre comment une simple machine peut faire telle ou telle chose… Le plus dur étant de bien « lui expliquer ce que l’on veut qu’elle fasse ». J’ai obtenu le baccalauréat série D au Lycée Municipal Bambata de Ouagadougou en 1996, avant de m’envoler pour l’Institut National Polytechnique de Yamoussoukro pour y suivre une formation de technicien Analyste programmeur.

 

Mon cursus académique s’est poursuivit par la suite au groupe EPITA à Paris, où j’ai obtenu un diplôme d’Ingénieur en Informatique 2002. J’ai commencé mon activité professionnelle dans une SSII (société de services en ingénierie informatique) en région parisienne. Mes premières missions étaient auprès de grands comptes dans le domaine de l’Industrie tel que le groupe Saint Gobain Weber ou le Groupe Veolia. J’y ai intégré des équipes de développement sur des projets de CRM (gestion de la relation client). A la suite de ses expériences fructueuses je me suis vu confier la gestion d’un projet de CRM, et la responsabilité de l’équipe qui devait couvrir sept pays à travers le monde (France, Belgique, Roumanie, Bulgarie, Roumanie, Thaïlande et Chine). Par la suite je me suis intéressé à des projets dans d’autres domaines tels que la grande distribution et le e-commerce B2B (Business to Business).

 

Fort de mes expériences passées outre Atlantique, j’ai décidé il y’a deux ans de revenir en Afrique et de créer MANOD Technologie. MANOD technologie couvre divers métiers de l’informatique : l’audit et le conseil, la sécurité informatique, les bases de données et bien sûr l’Internet.

 

Vous êtes particulièrement investi dans le développement des sites Web ; pourquoi ce choix ?


J’ai développé mon premier site il y a une quinzaine d’année, c’était le site de mon école (Institut National Félix Houphouët Boigny de Yamoussoukro). A l’époque ce qui m’a motivé c’était l’aspect création. Un site internet est avant tout une création, comme peut l’être une œuvre d’art. Il doit pouvoir, en plus de faire passer une information, être esthétique, créer un environnement en relation avec l’information, transmettre une émotion. Un site pour une société d’hydrocarbure par exemple n’aura pas le même agencement que le site d’un distributeur d’automobile. La population cible n’est pas la même, la présentation de l’information doit en tenir compte… c’est une alchimie entre la technique et l’infographie. Pour créer un site internet efficace, il faut donc dans un premier temps comprendre le métier du client, se poser les bonnes questions sur le pourquoi d’une présence sur Internet, quel sera le profil des visiteurs ? À quelle cible géographique est destiné ce site ? Etc. C’est toute cette complexité qui m’interpelle et que j’apprécie dans les projets de site Web.

 

Quelle formation avez-vous suivies pour cela ?


Dans les premières années de l’Internet tous les sites web étaient statiques, composés de pages HTML. Il n’y avait pas encore de formation dédiée à ces compétences. C’est donc de manière autodidacte que je me suis mis à développer mes premiers sites. Par la suite il y’a eu l’avènement du langage PHP et des sites dynamiques. Pour information, le langage PHP est le langage le plus répandu dans le monde du web et du logiciel libre. Microsoft s’est lancé bien après dans ces technologies avec le VB Script, l’ASP. Aujourd’hui les dernières versions très abouties de Microsoft sont basés sur le Framework .NET.

 

Parlez-nous de quelques-unes de vos réalisations


J’ai réalisé un peu plus d’une quarantaine de sites internet, dans des domaines très variés. De sites institutionnels aux sites grand public en passant par des sites de e-commerce. En Europe j’ai travaillé sur des sites de e-Commerce B2B dans la grande distribution. J’ai développé la première version d’un des sites leader aujourd’hui dans la mise en relation de personnes (site de rencontres) en 2000. J’ai travaillé pour le compte du gouvernement burkinabé sur certains sites institutionnels à l’intérieur comme à l’extérieur du Pays. Enfin j’ai travaillé sur de nombreux sites communautaires ou de médias dont LeFaso.net

 

Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur Lefaso.net ?


J’ai fait la rencontre en 2003 de Cyriaque Paré, alors responsable de la communication à l’Ambassade du Burkina Faso à Paris. C’était quelques jours après la fermeture d’un site internet sur le Burkina (www.burkinet.com). Il m’a alors proposé d’animer une rubrique actualité d’un site pour la diaspora que j’administrais à cette période. Je lui ai proposé non pas une rubrique, mais que l’on s’associe pour la création d’un nouvel espace. C’est ainsi qu’est né par la suite Lefaso.net.

 

D’une manière générale comment appréciez-vous le Web burkinabè ?


Je classifierais le Web burkinabé en deux groupes, le Web de l’administration d’une part et le « reste » du Web. Il y’a dix ans, tout le monde s’est engouffré dans la notion de « site internet » tout le monde en voulait un. Le gouvernement d’alors avait mis en place la première version du « e-gouvernement » ou « e-administration ». A cette époque les sites internet servaient surtout à présenter les institutions.

 

Aujourd’hui, et ce depuis 3 ou 4 ans, les sites Internet veulent non plus se limiter à ces présentations, mais proposer du service, du service qui est censé rendre plus performante l’administration et plus « agréable » la relation entre les citoyens et l’administration. Le problème est que le Burkina Faso est à la traine dans ce domaine. En occident les gouvernements ont saisi tout le bénéfice qu’ils peuvent en tirer pour simplifier la gestion de leurs ressources, et gagner et faire gagner du temps à leurs concitoyens.

 

Pour le « reste » du Web burkinabé, en général, nous avons de sites de bonne facture, même si certains standards essentiels de l’Internet ne sont pas respectés.

 

Quels conseils donneriez-vous aux webmasters ?


Le premier conseil que je peux donner aux webmasters est que l’on a beau faire le plus beau site du monde, si l’on n’informe pas le monde qu’il existe, ce la ne servira à rien. Il faut donc penser au référencement lors du développement de site. Le deuxième conseil est qu’il faut tenir compte des types d’accès des internautes, en termes de débits des connexions, de résolutions d’écran, etc. Enfin je recommande aussi qu’ils s’imprègnent du Web 2.0 qui est l’avenir d’Internet.

 


 

Source : Lefaso.net, le 23 février 2010.

 

 

 

Repost 0
Published by Ibrahima - dans Avis-interview
commenter cet article
19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 11:50
http://www.erenumerique.fr/images/38/20080109/intro.jpgLe village qui n’a pas accès à Internet haute vitesse ne peut plus espérer attirer une entreprise, pas même un travailleur autonome. Plus le temps passe, plus les infopauvres sont déconnectés ». Quatre années ont passé depuis cette réflexion désabusée de l’éditorialiste de La Presse Nathalie Collard. Un nombre grandissant de pays implante depuis la haute vitesse pour tous, la Finlande y voit même un droit humain fondamental. Au Québec, 300 000 foyers et près d’un million de citoyens sont toujours privés d’Internet haute vitesse.

C’est pour cause d’analphabétisme qu’Internet lambine sur le continent africain. Mais c’est ironiquement parce que nos Bell, Télus, Rogers, Québécor et autres Télébec savent trop bien compter que 800 000 Québécois[1] attendent encore la haute vitesse dix ans après la généralisation de cette technologie en pays développés. 300 000 foyers dans 300 communautés. 10% de la population souvent isolée en régions périphériques est prise en otage depuis dix ans d’une poignée de grosses corporations à l’influence démesurée.

 

Internet et sa trâlée de gadgets « genre » smartphones, Nexus One ou pis encore, cet incongru lien magique et gratuit, Skype ou la téléphonie IP, constituent un risque certain de désuétude pour les pachydermes du câble gainé. Des témoins de toutes les régions du Québec rapportent que les entreprises de téléphonie ont paré la menace en imposant une pénurie artificielle.

 

Leur quasi monopole, de concert avec d’autres joueurs comme Cogeco et Videotron, a permis aux gros fournisseurs Internet de chipoter sur les mises à jour technologiques, de renchérir follement sur le prix de l’accès au Web mondial, tout en ralentissant les réseaux des fournisseurs subalternes aux heures de pointe. On comprend pourquoi les Québécois les mieux nantis disposent d’une vitesse de téléchargement de 16 Mb/s contre plus de 50 Mb/s en Corée[2].

 

Les majors de la téléphonie ont bénéficié, dans cet escamotage d’un bien public, du silence d’une presse fascinée par les castors et aliénée par l’association conclue par Radio Canada, Bell et la Presse en 2002. Elles ont été confortées par le CRTC[3] qui a approuvé tout récemment encore la réduction volontaire du trafic Internet acheminé par Bell vers des fournisseurs indépendants. Les entreprises de téléphonie ont reçu enfin la bénédiction bonasse ou intéressée de nombre de municipalités, CRD[4], CRÉ[5] et de politiciens de tous poils et de toutes tendances.

 

Agissant à la façon d’une chape de plomb cette convergence d’intérêts a masqué pendant une décennie les roueries, mensonges et intimidations qui ont neutralisé la plupart des entreprises et regroupements de p’tits génies de l’informatique brûlant d’implanter Internet haute vitesse aux quatre coins du Québec.

 

Le Québec, de premier à zéro


Le Québec comme le Canada partait pourtant gagnant dans la course aux nouvelles technologies en voie de redéfinir la vie et le travail. En tête des leaders mondiaux des technologies de l’information en 2000, nous traînons au 22e rang des pays développés dix dans plus tard. Plus atterrant, une étude des universités Oxford de Grande-Bretagne et Oviedo d’Espagne constate que nous flemmardons au 57ième rang mondial pour la qualité de la bande passante, tandis que l’OCDE s’étonne qu’Internet haute vitesse coûte 55 fois plus cher ici qu’au Japon.

 

C’est l’infopauvreté qui trahit d’abord l’indigence d’Internet chez nous. Au point où le sort de l’Afrique devient presqu’enviable vu d’Abitibi et de Gaspésie en butte à des sociétés de téléphonie qui serinent depuis des années: « Patience, la haute vitesse, c’est dans deux ans. Un p’tit 56 kbps (56 000 bits par secondes) téléphonique en attendant ? »

La dernière promesse en l’air a été livrée lorsque Nathalie Normandeau, la ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation des territoires, a annoncé, il y a peu, l’injection de 24 M$, prévoyant réduire l’infopauvreté de moitié d’ici 2015. Or, à ce jour, tous ces programmes, le Large Bande à Ottawa et Villages branchés à Québec, ont d’abord et parfois exclusivement favorisé les sociétés de téléphonie. Celles-là même qui freinent des quatre fers l’implantation de la haute vitesse au Canada.

 

Conséquences, les situations varient, mais l’infopauvreté frappe partout, aussi près qu’à vingt ou trente kilomètres de Montréal.


Un sondage réalisé par le Groupe de travail sur les collectivités rurales branchées révélait en septembre dernier que l’Outaouais, l’Estrie, la Mauricie et la Gaspésie sont les régions les plus affectées. Hormis les centres des villages, Montérégie, Laurentides, Lanaudière, Chaudière-Appalaches ne sont pas beaucoup mieux pourvues.

 

Internet haute vitesse, aussi essentiel que l’électricité d’après le président de la FQM[6] Bernard Généreux, se distribue partout au petit bonheur la chance à l’aune de la plus ou moins grande proximité d’installations téléphoniques permettant de bricoler un lien au réseau large bande payé par nos taxes à Ottawa.

 

Nous performons de plus en plus mal face aux pays modernes dont les gouvernements poussent au développement d’Internet et dont plusieurs, Japon, Corée, Suède par exemple, prévoient généraliser Internet à 100 Mb/s d’ici 2015.

 

La Finlande, encore elle, a adopté un programme de 300 M$ pour une population de 5 millions d’habitants. Le Canada offre, lui, 225 $M pour 30 millions de citoyens répartis sur un territoire 30 fois plus important.

 

La haute vitesse au Québec, un coup de dés ?


Il a fallu une révolte parmi les 40% d’infopauvres gaspésiens, en secteur de Télus, pour que le Réseau collectif régional de communications électroniques qui refusait jusqu’alors le rôle de fournisseur promette de bientôt conjuguer Internet haute vitesse et téléphonie cellulaire dans 43 communautés. Reste encore aujourd’hui à concrétiser ces espérances.

 

Les citoyens de la MRC[7] de Papineau dénonçaient récemment au CRTC la manie chez Télébec d’écrémer les zones rentables, c’est-à-dire le cœur des villages, laissant les secteurs ruraux démunis parce que moins intéressants pour d’éventuels fournisseurs internet indépendants.

 

Les 70 communautés et 26 000 domiciles ruraux d’Abitibi-Témiscamingue peuvent émettre le même grief au plus-que-parfait. Nombre de familles comme Alain Poirier, sa blonde et leurs 3 enfants des rangs 8 et 9 à Évain, à 15 kilomètres du centre ville de Rouyn-Noranda, ragent de se voir réclamer, conjointement avec d’autres voisins, 24 000 $ avant même que Cablevision (affilié à Bell et Télébec) ne se penche sur leur no man’s land. « On a demandé à Hydro Québec de fournir les poteaux gratuitement à Câblevision. Impossible, paraît-il, ils n’ont pas de formulaire pour ça ! »

 

Dans le coin de Rivière-du-Loup, moins de 30 % des gens ont accès à la haute vitesse, 29% en Basse-Côte-Nord et plus ou moins 40% en Estrie.

 

Tout le Québec est au courant que la campagne n’est pas branchée, plusieurs savent pourquoi. Et pourtant, rien ne se passe !

 

Ce qu’on appellera peut-être un jour le scandale de la haute vitesse, comme on dit scandale des commandites ou de Norbourg, n’a cessé de bourdonner aux oreilles du CRTC ces dernières années. Les bureaux des députés en régions bruissent de rumeurs persistantes et désagréables. On évoque surtout le détournement de fonds publics, l’indigence d’Internet et la surfacturation à domicile.

 

Le laxisme le plus folichon, c’est évident, a régné par endroits. En contrepartie de fonds fédéraux, Télébec s’est engagée par contrat à offrir Internet à haut débit dans un nombre accru de localités dès 2010 en Abitibi-Témiscamingue. Nombre accru mais indéfini, peut-on rêver contrainte plus douce? Et les gouvernements remettent la table pour de nouvelles injections, 225 M$ au fédéral et 24 M$ au provincial.

 

Des millions de loyers mensuels ont par ailleurs été perçus de consommateurs otages, en échange de services Internet onéreux et non performants, (équipements non compris dix années de basse vitesse téléphonique représentent 2000$ par domicile, 6 000$ pour la vitesse intermédiaire, etc.).

 

TVA a en outre révélé il y a deux ans que, dans certaines régions, Bell facture des vitesses qu’elle est incapable de fournir. Sans compter les abus de positions dominantes, les publicités chimériques et les manipulations pour forcer un statu quo préjudiciable au plus grand nombre.

 

La décennie honteuse


Adopté au tournant du siècle, implanté en 2003, le programme fédéral de la large bande pour les populations nordiques, rurales et autochtones a pris fin en 2007. 900 collectivités canadiennes ont reçu 80 M$ auxquels s’ajoutent des participations provinciales et municipales. Les Laurentides, l’Outaouais, l’Abitibi-Témiscamingue, les Îles-de-la-Madeleine, Portneuf, Bécancour, Rivière-du-Loup, Montmagny, etc. une trentaine de communautés en tout s’en sont prévalues au Québec.

 

L’expression large bande désigne tout lien bidirectionnel de 2 Mb/s et plus par fibre optique, satellite ou micro-onde. Certaines MRC demeurent aujourd’hui encore propriétaires, d’autres sont simples utilisatrices, d’un réseau subventionné par Ottawa pour relier les institutions : écoles, hôpitaux, et autres administrations, sans jamais desservir les populations.

 

Certaines MRC (ou CRD) ont choisi l’extrême simplicité volontaire en transférant leurs subventions, la propriété des réseaux donc, aux maîtres d’œuvres; ainsi Télébec et Câble Amos pour l’Abitibi. Le même scénario à quelques variantes près s’est répété dans quatre autres régions : Gaspésie, Côte-Nord, Bas-St-Laurent et en Beauce.

 

Le large bande utilise la fibre optique, bien connue des sociétés de téléphonie, négligeant son complément naturel pour rejoindre les gens, la technologie alors en essor partout dans le monde, le Wifi.

 

Certains évaluent à deux ou trois millions de dollars les investissements pour brancher complètement par Wifi une région au relief régulier comme l’Abitibi. Robert Proulx, président fondateur du consortium d’ingénierie Xittel évaluait, il y a deux ans, la couverture Wifi[8] à 1,5 $M pour tous les secteurs ruraux en Outaouais. Des investissements qui n’ont apparemment rien de sardanapalesque !

 

Les sociétés de téléphonie et nombre de municipalités CRD ou CRÉ n’en ont pas moins, pendant des années, décrié le Wifi. Les même poussaient le cri de Tarzan à chaque étape de la réalisation du réseau institutionnel large bande qui ne mène à aucun domicile.

 

Ça n’est que depuis peu, après s’être cassé le museau sur le lien satellitaire et diverses variations du service par fil téléphonique à partir du large bande, comme les boucles ADS (limitées à 1,5 Mo/s sur 4 kilomètres), que des entreprises comme Bell, Télébec et Télus se tournent vers des p’tites cousines du Wifi, les ondes cellulaires, pour desservir encore très partiellement les secteurs ruraux.

 

Le changement va s’imposer avec le temps, le service va se généraliser un jour. Pour rester en course, ces entreprises n’en ont pas moins confiné des centaines de milliers de leurs concitoyens, pendant des années, à des technologies irréalistes et dispendieuses faites de fils, de fibres, de bric et de broc.

 

« Le réseau large bande est un réseau privé dispendieux, dénonçait dès le départ le maire de St-Félix de Dalquier, Rosaire Mongrain. Nous doutons de cette technologie par fil. » Décédé il y a quelques années, le maire Mongrain est une figure respectée du syndicalisme agricole au Québec.

 

Jules Grondin, son collègue de Berry, tempêtait déjà lui aussi que les citoyens se retrouvent payeurs, mais non bénéficiaires du service.

 

Télébec, par contre, a hérité, comme par miracle, d’un réseau de 24 M$ (pour la seule Abitibi) pour y avoir investit 5,2 M$. C’est tout le charme discret des PPP.

 

Télébec et son concurrent Câble-Amos utilisent depuis le large bande pour développer leur propre réseau Internet haute vitesse par fil ou par satellite (un demi à un et demi Mb/s pour de 65$/mois à 90$/mois) ne desservant que les centres des villages et les alentours très proches.

 

Cet écrémage, dénoncé il y a plusieurs années par Victor Verrier, directeur de la Coop Wifi d’Amos, jumelé à des pressions politiques et économiques de même qu’à une guéguerre non déclarée (Industrie Canada a dû interdire l’émission de rayonnements sabotant l’antenne Wifi sur le toit de l’hôpital à Amos), a mis hors-jeu un compétiteur qui prétendait distribuer Internet haute vitesse dans 24 000 foyers ruraux d’Abitibi, 50$ par mois pour 3 Mb/s. Une petite Coop sans grands moyens dirigée par des jeunes se frottait à une filiale de Bell ayant engrangé 27 M$ de profits en 2005. Plusieurs MRC, municipalités, CRD et CRÉ ont heureusement volé au secours de l’entreprise de téléphonie.

 

Laurentides, Gaspésie, Outaouais, etc., la même confrontation a bouleversé toutes les régions. Michel Poulin, directeur des services informatiques de l’Union des producteurs agricoles du Québec, l’UPA, évoquait les pertes collatérales en 2007 : « Le large bande visait les institutions, pas nos membres Ce qui nous retarde dans l’utilisation d’Internet, au point où la plupart de nos membres utilisent encore le fax.

 

Les évadés de l’Internet


Certaines communautés n’ont tout de même pas baissé les bras. Depuis quatre ans, les 1500 habitants de Saint-Théodore d’Acton ont su convaincre CoopTel (petite entreprise téléphonique) de coexister avec un réseau Wi Max (encore plus performant que le Wifi) qui arrose villages et rangs depuis 2005, jusqu’à Saint-Nazaire d’Acton et Upton.

« On va commencer par le Centre du Québec, du Richelieu jusqu’à la Beauce et du Saint-Laurent à la frontière américaine, pour desservir les milieux ruraux», prévoyait le directeur général de CoopTel, Michel Laurent. « Le sans fil est définitivement la façon la plus rapide de rejoindre la clientèle, surtout rurale. »

 

La MRC des Maskoutains étudie depuis un an le déploiement d’un réseau Internet haute vitesse dans tous les milieux ruraux de son territoire.

 

Dans l’ouest du Québec, c’est la MRC de Papineau elle-même qui a implanté le service Internet haute vitesse à domicile en ajoutant tout bêtement deux fibres au réseau large bande institutionnel. « Il aurait été possible d’installer un système de distribution sans fil partout où aboutit une fibre optique d’accès publique », estime Michel Samson, porte-parole d’Intelligence Papineau, organisme mandaté par la MRC pour installer l’Internet. « La fibre elle-même n’est que plomberie. Ce qui manque dans des régions comme la Gaspésie ce sont les bains les toilettes et les lavabos. ».

 

C’est mesurer à quel gaspillage de temps et d’argent a mené le programme large bande. Sa haute vitesse traverse insolemment les villages aux nez des gens pour desservir l’école et l’administration. Commerces, industries et surtout domiciles sont relégués au « bœuf » par modem téléphonique, qui n’ouvre même plus un soupirail sur un web devenu trop lourd.

 

La frustration, parfois, fait sauter la marmite. Marsoui, une petite communauté de Haute Gaspésie a adressé un audacieux pied de nez aux empêcheurs de surfer en rond le 16 janvier 2008 en émettant illégalement pendant un jour ou deux le signal Internet haute vitesse du large bande institutionnel vers des citoyens trop longtemps tenus pour quantité négligeable.

 

« On en a ras le bol, lançait la maire Jovette Grasse; la haute vitesse existe depuis 10 ans au pays. Nous devrions l’avoir depuis au moins quatre ou cinq ans. On ne veut plus attendre ! » Télus réclamait 100 branchements garantis pour desservir cette municipalité de 150 résidences.

 

Ginette Migneault de Mont-Louis a suivi d’un œil avide le souque à la corde de Marsoui. « Tous les p’tits villages gaspésiens voudraient faire pareil ! J’ai déjà vu une municipalité mettre son routeur dans la fenêtre pour brancher une entreprise de l’autre côté de la rue. C’est politique tout ça ! »

 

« On reçoit beaucoup de nouveaux arrivants à La Martre, expliquait le maire Raymond Saint-Pierre. La haute vitesse est essentielle pour les garder. »

 

« Les conditions de Télus sont irrecevables, renchérissait de son côté le maire de Mont-Louis, Paul Hébert Bernatchez. On a acheté les équipements pour brancher des commerces qui auraient fermé sans la haute vitesse. »

 

L’insurrection de Marsoui menaçait de conduire à l’émergence d’un front commun pour s’affranchir du « remote control » des prévaricateurs du Net. Les élus régionaux y sont allés de la stratégie habituelle, une macédoine de subventions, 11 M$, pour faire chuter la pression. Aux dernières nouvelles, 12 000 foyers et entreprises attendent toujours l’accès à la haute vitesse en Gaspésie.

 

Ginette Migneault a de son côté créé un OSBL pour brancher Mont-Louis, Anse Pleureuse et Gros Morne. Son fournisseur de l’accès au Web l’a neutralisée net par surfacturation. « Télus proposait 3 Mb/s, pour couvrir les trois villages, à 1 500$ par mois ! Télus a beau jeu tant qu’elle n’aura pas de concurrent ! »

 

Un autre OBSL carburant au bénévolat, Communautel, arrose les municipalités de Nominingue, La Macaza et Rivière Rouge avec des visées sur d’autres villages alentour. La haute vitesse jusqu’à 6 Mo/s s’y détaillait 40$ par mois sans contrat dès 2008. Une prouesse, parce que « Télébec et Bell ont tout fait pour nous ralentir », déplorait le conseiller technique Jean-Paul Bleau.

 

Communautel n’est pas seule. La Fédération des coopératives de câblodistribution et de télécommunication du Québec, (FCCTQ) compte actuellement 35 coopératives desservant 100 000 membres.

 

Ailleurs, c’est parfois sans bruit que des communautés sont entrées dans le XXIème siècle et ont accédé au Web mondial. Ottawa, par exemple, une municipalité rurale à 90%, offre depuis des années 1 Mb/s à 35$ par mois à titre de service public. Yamachiche branche ses citoyens par le truchement de la commission scolaire. 3 Mb/s pour 40$ par mois.

 

Sans faire de bruit elle non plus, Xittel, une entreprise d’ingénierie de Trois-Rivières a développé un réseau combinant fibres optiques et micro-ondes pour acheminer Internet haute vitesse dans toutes les campagnes considérées peu rentables par les sociétés de câblodistribution et de téléphonie. L’entreprise desservait 10 000 clients dans 200 communautés rurales de la Mauricie, Lanaudière, Vaudeuil-Soulange, Papineau, Outaouais, Drummond et Arthabaska dès 2008. De 2 à 4 Mb/s pour 39,95 $ par mois.

 

C’est donc avec une certaine impatience que 400 foyers attendaient le service promis par Xittel il y a deux ans dans le secteur du mont Cascades dans la MRC des Collines de l’Outaouais. Bell est intervenue, Xittel a baissé pavillon, le projet a été annulé. « Les gens se sont sentis abandonnés », rappelle Roberte Parent de Cantley. Compensation, Bell a couvert mont Cascades l’an dernier avec un forfait moins dispendieux que l’ancienne basse vitesse. Le nouveau directeur général de Xittel s’appelle Pierre Brochu. C’est un ex dirigeant de BCE et Télébec.

 

La majorité des grandes et des moins grandes villes américaines se sont elles aussi dotées d’Internet haute vitesse depuis le milieu de la décennie. Toutes sont entichées du Wifi, gratuit dans les centres villes, de 10 $ à 25 $ dans les domiciles. On dit que les opérateurs de télécommunications et les câblodistributeurs américains s’inquiètent de cette concurrence des municipalités. Leurs pendants canadiens ne risquent certes pas la même déconvenue. « Rouyn-Noranda cesse de s’occuper de nous, constate Alain Poirier, à la seconde où Télébec dit on couvre ! »

 

Xplornet


Cette indolence municipale n’empêche des entreprises privées de tirer les marrons du feu. Xplornet du Nouveau-Brunswick s’est ruée au secours des milieux ruraux il y a quelques années, pour permettre l’accès à Internet haute vitesse coast to coast. Sa solution était satellitaire.

 

Les premiers équipements, coupoles, récepteurs et routeurs etc., coûtaient plus de mille dollars. Un investissement préliminaire qui a chuté au rythme de l’arrivée de solutions alternatives. Xplornet promet la haute vitesse, 500 kbps/ 70$ ou 1 Mb/s à 100$ par mois dans ses contrats et sa publicité. Ce qui n’est jamais qu’une vitesse intermédiaire, plus confortable que les 56 kbps téléphoniques, mais nettement insuffisante pour travailler, étudier ou se divertir sur le Net. Xplornet en réalité offre en forfait de base, une vitesse qui fluctue quotidiennement de 20 kbps à 400 kbps. L’importation de documents audio-visuels tient de la gageure en pareil contexte.

 

La technologie satellitaire de Xplornet présente en outre moult inconvénients. La vitesse diminue avec le nombre croissant des utilisateurs. Le moindre orage, la neige, peuvent affecter les communications. Les bris et arrêts de services sont innombrables. Le serveur, enfin, réduit arbitrairement et de façon drastique la vitesse de transmission pour « punir » les clients dont les équipements ont trop exigé (on ne sait trop comment) du satellite.

 

Les bricoleurs de la décennie


Écœuré de la basse vitesse Internet par téléphone de Télébec, Serge Guenette s’est abonné par dessus la frontière, il y a quelques années, à un fournisseur ontarien de haute vitesse. Dans une bâtisse en forme de grange, son entreprise, Arômes Beauté, créait 7 emplois dans un village de 429 habitants, Nédélec. « Mes clients ont la haute vitesse, ils achèteraient ailleurs si je ne l’avais pas. »

 

René Perreault, fondateur d’Aciers J.P. s’est branché au réseau large bande institutionnel par le truchement de la municipalité de La Reine. « C’était l’enfer avec la basse vitesse » d’après l’administratrice de l’entreprise, Chantal Godbout. Aciers J.P. emploie cinquante personnes dans ce village isolé de 400 habitants ironiquement autoproclamé «Village du bout du monde».

 

La ferme avicole Richard de Rivière Héva a financé elle-même l’antenne Wifi pour rejoindre son fournisseur haute vitesse à Malartic.

 

« Pas d’Internet, pas de commandes», confirmait Raymond Boudreault, président de la Fraisonnée de Clerval. Ça n’était pourtant pas l’amour fou entre M. Boudreault et son service satellitaire unidirectionnel de Sympatico (appelée aujourd’hui Bell Internet) : « Internet par satellite, c’est toujours planté! »

 

Dans le fond d’un rang encore, à Saint-Dominique-du-Rosaire, Pierre Galarneau d’Ingéniosité Enr. a refusé de s’abonner au satellite de Télébec : « Je ne voulais pas payer 90 $ par mois ! » Le voici donc relié par Wifi à l’antenne émettrice de Câble-Amos qui distribue le signal haute vitesse dans les secteurs populeux de la MRC d’Abitibi.

Coordonnatrice de la bibliothèque de Preissac, Huguette Béland a vite compris les enjeux de cette exclusion: « On a la fibre optique au village mais je présume qu’on va rester avec la Coop Wifi, c’est moins cher et il faut encourager une entreprise qui dessert les rangs ! »

 

Beaucoup comme Jules Grondin, maire de Berry, s’interrogent sur ce réseau large bande réservé aux institutions : « Les citoyens vont payer pendant 15 ans, il faudrait au moins qu’ils reçoivent quelque chose ! »

 

Internet, incontournable


L’OCDE a démontré l’été dernier que les Canadiens paient en moyenne 4$ par Mb/s contre 7 cents au Japon, 25 cents en France et 34 cents en Corée du Sud. C’est l’écueil tarifaire généralisé. Tous les Canadiens en réalité sont des Infopauvres.

 

Certains sont plus pauvres que d’autres. 10% des Québécois, les ruraux, qui n’ont pas même l’alternative de payer davantage. Les deux paliers de gouvernement vont à nouveau distribuer des sous pour pallier cette lacune. Ottawa a déjà reçu 512 requêtes de distributeurs potentiels, qui réclament 976 M$ d’un programme de 225 M$.

 

Parce que ces entreprises sont omniprésentes, l’essentiel des fonds risque de se retrouver dans les goussets de ceux-là même qui ont créé la pénurie depuis dix ans. Le suspense doit être levé au cours du présent trimestre. Tous les Cassandre – et ils sont nombreux dans l’industrie -  espèrent encore un sursaut de lucidité. Peu vraisemblable cette volte-face. L’ex- ministre Jérôme Forget claironnait encore récemment: « Une fois que Québec aura assumé les coûts d’installation du réseau, les entreprises privées comme Bell, Telus et Vidéotron s’en serviront afin d’offrir la haute vitesse aux entreprises et aux citoyens. »

 

Ces entreprises offrent parfois la haute vitesse, il est vrai. Après des années de vaches maigres, Denise Voynaud d’Arntfield près de Rouyn-Noranda vient de s’abonner auprès de Télébec qui à installé des équipements sur le mont KeKeKo, visible de chez elle. « Je ne sais pas combien de fois j’ai appelé. Avant ils ne rappelaient même pas ! Je pense qu’ils se dépêchent maintenant parce que la compétition arrive. Mais on est encore captifs.»

 

Logée à même enseigne, sa voisine Marcelle Beaulieu n’oubliera pas de sitôt les privations passées: « C’est pas parce qu’on reste à la campagne qu’on est des débiles. »

 

Les dégâts sont en effet considérables et les rancœurs accumulées incalculables


Outre que le papa agriculteur, pourvoyeur de chasse et pêche, commerçant, artisan ou travailleur autonome a été pénalisé depuis dix ans, des centaines de milliers de p’tits ruraux qui ont grandi privés de haute vitesse à domicile patineront probablement toute leur vie pour compenser la dextérité de leurs petits copains des villes avec de nouvelles technologies en constante évolution.

 

Solidarité rurale du Québec estime que la présence de la haute vitesse est devenue presque aussi importante que la proximité d’un hôpital pour décider des citadins à déménager en campagne.

 

« La haute vitesse aujourd’hui, même si tu ne l’utilises pas, c’est essentiel pour revendre une maison en milieu rural. Mais les compagnies de téléphone ont toujours monopolisé les régions », confirme, Patrick Miron, dirigeant de Parolink, un petit serveur Internet du nord ontarien.

 

Internet est en réalité un outil de développement social et économique sans pareil pour le travail à domicile, l’abolition des frais interurbains, les télé enseignements, e-culture, télémédecine et même les rapports administratifs. Les opérations agricoles se prêtent à merveille à la gestion informatisée, à la télésurveillance et à la télécommande. L’Internet haute vitesse influera aussi sur cet exode des jeunes qui déstructure les milieux ruraux.

 

Après avoir fait envie, le Canadien fait maintenant figure de laissé pour compte, passé qu’il est en cinq ans du 9e au 19e rang en matière de technologies de l’information. Ce retard influe sur les secteurs économiques tributaires des TI …c’est-à-dire presque tous. La rapidité à laquelle notre collectivité dégringole sur l’échiquier mondial de l’économie du savoir n’a d’égale que l’indifférence des dirigeants.

 

Un zeste de courage de la part du CRTC et de nos gouvernants, réglementant la performance partout, et imposant la desserte des secteurs moins rentables, comme en téléphonie il y a plus d’un demi-siècle, aurait évité ce gâchis. Un brin de transparence n’aurait pas nui non plus. Au lieu de quoi des millions de citoyens ont été abandonnés à la merci d’entreprises sans scrupules, leur valise entre les genoux, sur l’accotement de l’autoroute de l’internet !

 

 

Camille Beaulieu
L’Aut’Journal
Rouyn-Noranda, Québec

 

 

————————–

[1] Groupe de travail sur les collectivités rurales branchées, ministère des Affaires municipales et des régions

[2] 10 et 50 millions de bits par seconde. Le bit est la plus petite quantité d’information transmissible, l’équivalent du 1 ou du 0 en langage binaire.

[3] Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

[4] Conseil régional de développement.

[5] Conférence régionale des élus.

[6] Fédération québécoise des municipalités.

[7] Municipalité régionale de comté.

[8] Ondes radio

 

 

 


Source : http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=2068

 



Repost 0
Published by Ibrahima - dans Avis-interview
commenter cet article
16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 13:22

Franck Riester, membre de la Hadopi, se dit favorable à ce que tout ayant droit voyant son oeuvre être piratée sur Internet puisse saisir la Haute autorité...


Franck RiesterDans un entretien accordé à Legipresse, Franck Riester - rapporteur du projet Hadopi et membre de la Haute autorité - s'est dit favorable à l'application du principe de riposte graduée à d'autres domaines dans lesquels la contrefaçon sur Internet a une incidence. Il a notamment évoqué la presse, les livres et la télévision. Pour lui, la Hadopi a une mission de protection envers le droit d'auteur, il n'y a aucune raison à ce qu'elle soit maintenue dans un petit périmètre et réservée à la musique et au cinéma. Pour lui, tout auteur doit être dans le droit de saisir la Hadopi pour demander l'envoi d'avertissements et la prise de sanctions.

Une riposte graduée étendue

"Concernant les rôles et les missions de la Hadopi, je fais partie de ceux qui sont partisans que les missions de la Hadopi ne soient pas focalisées uniquement sur la musique ou le cinéma. C'est l'audiovisuel et plus largement la presse, le livre, bref tout ce qui tourne autour de la bonne gestion des droits, du respect des droits, des oeuvres sur internet" explique le député UMP dans cet entretien.

 

Egalement interrogé sur la mise en application du dispositif de riposte graduée qui prend du retard, Franck Riester a répondu : "Courant 2010. J'appelle cela de mes voeux. Il ne faut pas qu'il y ait trop de temps entre le moment où on a voté la loi et le moment où les premiers mails seront envoyés aux citoyens qui téléchargeraient illégalement".

 

Pour lui, Hadopi est d'ailleurs déjà un succès car le débat qui a été mené en marge du projet de loi et à l'origine de la création d'opportunités que certains ont saisi. "Le marché du numérique se développe, et c'est en partie grâce à cela" précise-t-il.

 

 

 

 

Source : PCWorld, le 16 février 2010.

 

 

 

Repost 0
Published by Ibrahima - dans Avis-interview
commenter cet article
12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 13:14
http://img.alibaba.com/photo/104569573/Mobile_Brochure_Builder_for_Bluetooth_advertising_and_Bluetooth_marketing.jpgLe Jumping international de Bordeaux a inauguré la version mobile de son site internet lors de sa dernière édition. L'occasion pour les organisateurs de mettre en place plusieurs dispositifs hérités du marketing mobile : comme les codes-barres diffusés un peut partout dans la ville pour simplifier l'accès des utilisateurs de Smartphone au site web. Une version mobile, donc réduite à l'essentielle et conforme au confort de lecture des usagers itinérants. Frédéric Brouard, chargé de communication de la manifestation équestre, nous parle de cette innovation et de ses avantages en matière de communication avec le public.

CCM - Pourquoi avoir choisi de mettre en ligne une version mobile du site internet du Jumping international de Bordeaux ?

Frédéric Brouard - L'intérêt pour nous est de communiquer le plus possible avec les spectateurs de cet événement et donc de faire parler de nous au maximum. Nous avions déjà un site internet, un blog, une web tv et une page Facebook : ajouter une version mobile au site internet cadrait parfaitement avec cette logique. Une version mobile, ça signifie également qu'on souhaitait atteindre une certaine cible : le Jumping International de Bordeaux est une épreuve prestigieuse, qui s'adresse plutôt à un public urbain, généralement assez jeune, et de profil « CSP+ ». Donc, des gens qui possèdent des iPhone ou des BlackBerry. Pour être au plus près de cette cible, le site web mobile était une solution idéale pour les relier aux résultats et aux informations essentielles de la compétition.

CCM - Quand avez vous décidé d'ajouter une version mobile au site internet du Jumping ?

FB - Au début, on voulait faire une application iPhone. Mais ça coûte des milliers d'euros, il faut la faire valider par Apple... Et notre budget était limité. On a alors eu l'idée de faire un site mobile : mais nous n'avons pas pu trouver de prestataires suffisamment bon marché. Nous avons alors remarqué que l'agence Nexence (NDLR : spécialisée dans les solutions de marketing mobile) faisait un buzz sur internet en mettant aux enchères une campagne marketing mobile. On a joué et on a finalement remporté l'enchère. L'offre incluait la conception du site, l'hébergement, et la génération d'un tag 2D, qui permet à l'utilisateur d'un iPhone d'accéder au site mobile sur présentation du tag à l'écran de son appareil.

CCM - Cette version mobile est compatible avec les interface de tous les Smartphones ?

FB - Avec les principaux produits du marché, Samsung, Nokia... Mais aujourd'hui 70% de l'internet mobile passe par iPhone. Et cet appareil correspond à notre cible.

CCM - Quels sont les atouts d'une site internet mobile par rapport à un site web traditionnel ?

FB - Tout dépend bien sûr du contenu et du type d'événement. En ce qui nous concerne, les gens voulaient un accès rapide à des information essentielles : les résultats, les chronomètres des cavaliers. Compte tenu du confort de lecture sur petit écran, Il fallait donc faire un site à part pour les usagers mobiles. Quand ils se connectent, l'interface leur propose d'aller à la version mobile super condensée, ce qui leur permet de découvrir du contenu adapté.

CCM - Comment pouvez-vous évaluer les retours sur cette innovation ?

FB -Nous avons notamment utilisé le code-barres qu'on a diffusé un peu partout en ville. En le flashant avec son Smartphone, l'utilisateur pouvait surfer sans effort de navigation. On a ainsi pu suivre les statistiques de connexion à partir de ce tag grâce à un système statistique qui nous indiquait également le nombre de visiteurs et de pages vues sur la version mobile du site.

Comme nous ne faisons pas de vente en ligne, nous n'avons pas obtenu de retours « directs » des utilisateurs. Mais nous avons fait notre petite enquête en interne. Ce qui est sûr, c'est qu'il reste un vrai travail « d'évangélisation » à faire sur les usages web du téléphone portable. Ce tag était en tous cas un bon moyen pour aider à transmettre ce type de réflex aux utilisateurs.

CCM - Les sites web mobile sont aujourd'hui une des tendances du marketing mobile : quelle a été la valeur ajoutée de ce site à votre stratégie ?

FB - D'un point de vue marketing, c'est très important pour nous de discuter avec notre public, partout, tout le temps, et sur tous les supports possibles. Avant de mettre en ligne un version mobile, on s'est posés une question : Qu'est-ce que les gens emportent tout le temps avec eux ? Les clés de voiture et de maison bien sûr... Et leur téléphone portable. A partir de là, l'intérêt d'un site mobile est devenu évident.

CCM - Pensez-vous développer vos offres de services mobiles à l'avenir ?

FB - Pour la prochaine édition, on va continuer sur cette voie et perfectionner le site mobile : en ajoutant notamment le flux de résultats synchronisés en direct avec les chronomètres de la compétition. Et l'année prochaine, on n'hésitera pas à dire au speaker du Jumping d'en faire la promotion.



Source : CommentCaMarche, le 12 février 2010.



Repost 0
Published by Ibrahima - dans Avis-interview
commenter cet article
7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 11:59
actualiteJ’ai récemment acquis une clé Internet Orange, afin de pouvoir continuer à consulter mes courriers électroniques hors du bureau. Mais, à ma grande surprise, j’ai rencontré d’énormes difficultés pour me connecter sur Internet , à partir de chez moi, à Gibraltar à Dakar, avec la clé remise par la Sonatel. Le débit était tellement lent que je ne suis même pas arrivé à ouvrir ma boîte électronique.

 

Sur une bonne partie du territoire national, le même problème de réseau se pose avec acuité. Entre Tivavouane et Mékhé, sur la route de Saint-Louis, entre Louga et Coki sur la route de Linguère, entre Saint-Louis et Richard Toll sur la route de la Vallée du fleuve, partout on note des pertes de réseau incompréhensibles pour une société qui se veut leader dans le secteur des télécommunications. Je me suis alors demandé ce qui empêchait la Sonatel de fournir un service de haute qualité à ses clients, même à Dakar, alors qu’elle accumule année après année plus de 160 milliards de bénéfices consolidés. Si on y ajoute la cherté relative du coût téléphonique (environ 90 F la minute), déterminée essentiellement par les choix de tarification de la Sonatel, l’on ne peut que dire ‘trop, c’est trop’.

 

La seule option qui restait à ma disposition était de résilier mon contrat d’abonnement Alizé à la Sonatel et de migrer vers le réseau Expresso. Ce que j’ai fait par courrier daté du 31 janvier 2010, après sept ans passés dans le réseau Alizé. Ne pouvant en faire de même pour l’abonnement souscrit avec la clé Internet qu’au terme d’une période de six mois, fixée arbitrairement par la Sonatel sans garantie de qualité de service, je suis l’obligation de vivre mon mal en patience en attendant l’expiration de ce long délai de six mois.

 

 

 

Moubarack Lo, Economiste
Email : moubaracklo@gmail.com

 

 


Source : Wal Fadjri, le 6 février 2010

Repost 0
Published by Ibrahima - dans Avis-interview
commenter cet article
6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 13:19

http://www.ottovolante.org/giocar2006/newseinterviste/femminismo/burca.jpgEn voulant poster un commentaire à la suite d’un billet d’un blogueur en vue, quelle ne fut pas ma surprise de lire le message suivant : « les commentaires ANONYMES ne sont pas acceptés . Merci de prendre au moins un pseudonyme ». J’en oubliais immédiatement le sujet de mon commentaire, hypnotisé par cette formule épiphanique. C’est l’obscénité, la redondance naïve ainsi que la contradiction dans les termes qui met à nu l’évidence banale, instituée, des règles extrêmement contraignantes de l’expression de soi dans l’espace virtuel de la toile. L’obligation de prendre un pseudonyme.

 

Il ne faut donc pas parler en son nom mais s’en inventer un, et ce faisant l’individu échappe au destin de sa vie biologique, de sa généalogie. La narration de soi, car il s’agit bien de cela même à travers des billets d’actualité commentés jusqu’au vertige, est d’abord la volonté de se faire connaître tout en étant masqué. Il y a là curiosité surtout quand on évoque volontiers les blogs comme étant le futur de la nouvelle agora par excellence… On ne peut que s’étonner davantage lorsqu’on s’imagine des milliers d’anonymes armés de pseudos, protégés par leurs avatars s’organiser en force politique à travers le « No Sarkozy day » mais là encore il ne faut pas s’y tromper il s’agit toujours de se faire connaître et reconnaître. Au sens littéral, l’Internet est un « no mans’ land » Il est symptomatique d’une société « flexible », « liquide » que l’interrogation philosophique classique du « qui suis-je ? » rencontre un désir social et un cyberespace socialisé à cette fin . C’est ce qui se produit avec l’exigence de se raconter. L’adoption d’un pseudonyme, cette métaphore narcissique, le permet en opérant une réduction de soi à une formule à travers laquelle l’internaute est censé se saisir lui-même en informant les autres de ce qu’il est et de se redéfinir en permanence sous la tyrannie de l’instant. Au fond il s’agit de se rendre intelligible à travers un système de positions constamment instables. Se raconter pour se trouver ,tenter de répondre à la question : comment faire d’une vie biologique, enserrée dans destin généalogique, social, une vie humaine ? à cette question, on répond depuis Socrate qu’une vie ne s’humanise que d’être « examinée » par celui qui la vit. Une vie examinée est une vie racontée qui instaure son narrateur en sujet d’une histoire. Le récit fait de la vie « une vie » singulière en lui donnant ce qu’elle possède pas d’emblée, à savoir la parole. À travers cette parole anonyme on expose d’abord sa propre identité. Anna Arendt a tiré toutes les leçons de cette identité narrative : « ce que » je suis d’autres peuvent en décider, et en décident d’ailleurs quotidiennement. Mais savoir « qui » je suis est une tentative d’auto définition qui me revient en propre : elle se rejoue dans chacun des récits que j’entreprends de moi-même. C’est là sans doute la raison du succès des blogs, mais aussi leur faiblesse qui les condamne politiquement dans la mesure où ils ne seront jamais, par nature, l’expression collective d’une volonté, d’une force organisée. Ce sont des médias individuels de masse. Comme le voile, le pseudonyme, l‘anonymat permet de se dire en jouissant de ce que je dévoile en le cachant.

 

 

Je ne cherche désormais ni ne trouve.
Je ne suis ni ici ni ailleurs.
Je me refais au-delà du souci.
Je me consacre aux marges de l’homme et
cultive en un fond qui n’existe pas l’infime
tendresse de ne pas être. »

 

 

 

Roberto Juarroz. Poésies verticales.

http://www.cromwellbar.blogspot.com

 

 

Repost 0
Published by Ibrahima - dans Avis-interview
commenter cet article
5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 17:22

http://www.connexions-normandie.fr/wp-content/uploads/2008/01/p16-300-passeport-bicro.jpgA quand une véritable carte nationale d'identité électronique ?

 

Les circonstances de la vie réelle (IRL comme disent les geeks de base) où il est nécessaire de prouver son identité sont nombreuses et en général parfaitement justifiées. Par exemple, cela peut être pour signer un contrat ou utiliser certains moyens de paiement comme un chèque.


Pour cela, l'Etat garantit notre identité via une carte nationale d'identité. Cela fait partie des missions régaliennes de l'Etat.

 

Dans le monde d'Internet, rien de semblable. Nous sommes tout autant régulièrement obligés de prouver notre identité mais nous ne disposons pas de carte nationale d'identité numérique. Il y a donc deux solutions : la convention de preuve qui fait admettre la connaissance d'un couple identifiant/mot de passe comme une preuve suffisante d'identité ou bien le recours à la signature électronique. Ce dernier cas est le seul qui soit à la hauteur de la carte nationale d'identité. Or les seuls à pouvoir aujourd'hui délivrer les certificats de signature électronique équivalents à une carte nationale d'identité numérique sont des entreprises privées et le font pour de coquettes sommes d'argent, en général pour un usage limité.

 

On parle d'une carte nationale d'identité numérique depuis des années. Plusieurs projets ont vu le jour au sein du Ministère de l'Intérieur. Certaines réticences se sont faites jour, parfois avec de bonnes raisons, parfois non (certains refusant le concept même de carte d'identité numérique délivré par l'Etat). Clairement, cette carte nationale d'identité numérique n'est pas près d'être disponible.

 

Or c'est un besoin.

 

Alors le gouvernement s'agite, à l'image de Nicolas Sarkozy. La posture et l'esbrouffe remplacent les projets.

 

L'identité numérique est dans le flou au lieu d'aller vers une carte d'identité numérique comme les Belges. Le projet IDéNum en est une parfaite illustration. Au mieux, ce sera pareil qu'avant avec un beau label d'Etat et une promotion gratuite pour des acteurs privés qui s'en mettront plein les poches. Au pire, rien du tout ne changera et les citoyens apprendront à se contenter du couple identifiant/mot de passe.

 

 

 

Par Bertrand Lemaire le 4 jeudi, février 2010.

 

 

 

Repost 0
Published by Ibrahima - dans Avis-interview
commenter cet article
4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 10:53
Cet article est une contribution du Pr M. OUZARF du Département d'informatique, Faculté des Sciences et Techniques Fes Université Sidi Mohamed Benabdellah au Maroc. Nous le publions avec son accord tout en le remerciant pour l'intérêt qu'il a porté à ce blog sur le défi du numérique.


L’université numérique marocaine : Faits et Défis


Par Pr Mohamed Ouzarf

USMBA FES

Mohamed Ouzarf

 

INTRODUCTION


Durant la dernière décennie, le secteur de l’éducation et de la formation a connu un regain d’intérêt, marqué par des réformes et l’allocation des budgets colossaux, cependant il n’a pas pu décoller et quitter le rang très insatisfaisant qu’il occupe jusqu’à présent.

 

Devenant une priorité nationale pour l’éclos  de l’économie moderne fondée sur le savoir, le secteur  de la formation s’est très largement appuyé sur l’apport des technologies de l’information et de la communication (TIC), il subira certainement de profonds changements dans la prochaine décennie avec l’introduction et l’usage des supports numériques (images, son, textes, vidéo, mobile 3G, Internet, etc.). Ce qui pose un enjeu de taille avec des répercussions importantes sur l’opération éducative.

 

Le Maroc de demain se prépare aujourd’hui avec l’université qui évolue dans un environnement numérique répondant aux attentes des étudiants très accros à l’usage des technologies de l’information.

 

Dans le présent article, j’aimerais aborder le sujet de l’université numérique marocaine en tant que levier de développement, et locomotive de la société de savoir. Un projet qui cherche à trouver dans l’utilisation des technologies de l’information et de la commination  une place à la réforme. Projet très ambitieux qui se base sur l’intégration des techniques de l’information et de communication les plus modernes, connu sous le nom de campus virtuel: cours virtuels, e-learning, vulgarisation de l’outil Internet, créations de sites spécialisés dans la recherche scientifique, portails universitaires,...

 

Evolution du système universitaire marocain :


La naissance du système universitaire moderne marocain remonte à la création, en 1957, de l’université Mohamed V de Rabat. 1975 et 1978 marquent son développement avec la création de 4 université : Hassan II Ain Chock Casa, USMA Fès, Mohamed 1er Oujda, Cadi Ayad Marrakech, 1989 constitue sa maturation avec l’arrivée de nouvelles universités ; Moulay Ismaïl Meknes, Ibn Zohr Agadir ,Ibn Tofail Kénitra,Chouaib doukkali Et Jadida et Abdel Malek Saadi Tetouan. 1993 et 1997 Hassan II Mohamadia ,Mohamed V Souissi Rabat et Hassan 1er Settat. 2007 Moulay Slimane Benimallal. Des efforts sont en cours pour doter les régions du RIF et du SAHARA marocaine, d’universités autonomes.

 

Le Maroc est ainsi parvenu à se doter d’une université moderne, ce qui a conduit à un rapide accroissement de la populations instruite et qui accède à l’enseignement supérieur, dont les diplômes sont aujourd’hui reconnus à travers le monde. Il faut désormais profiter des compétences marocaines à l’étranger pour réussir le transfert de technologies et  de savoir en vue d’asseoir une université moderne.

 

Il faut noter aussi que l’université marocaine  connaît des difficultés et des défaillances de l’enseignement supérieur et de recherche scientifique.  L’origine des dysfonctionnements de l’université marocaine remonte au début des années quatre-vingt, comme le rapporte un grand nombre de chercheurs. Les taux d’échec et redoublement des étudiants au niveau des premiers cycles est présenté comme la conséquence majeure de ce dysfonctionnement. La question de la langue de l’enseignement est présentée, également, comme une des causes structurelles des difficultés que traverse l’enseignement au Maroc.

 

La première décade de la réforme entamée en 1999 qui concerne le système éducatif marocain, à travers la charte nationale d’éducation et de formation,  est clôturé sur des résultats très insatisfaisants, selon le rapport de la Commission Spéciale Education Formation (COSEF), publié en 2008. « … Nous avons autant d’ambition que de détermination pour assurer l’insertion du Maroc, par ses entreprises et ses universités, dans l’économie mondiale du savoir.…». Extrait du Texte intégral du discours adressé à la Nation par SM le Roi à l’occasion de la Fête du Trône - 30/07/08.

 

De récents rapports ont montré du doigt le Maroc comme mauvais élève, le dernier rapport 2009 du PNUD sur la société du savoir dans le monde Arabe  en partenariat  avec la fondation Al Maktoum  présente un tableau sombre. Le Forum économique Mondial (WEF) dans  son classement mondial relatif à l'usage des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), après avoir été classé 74 sur 127 pays en 2008, le Maroc perd 12 places (86ème sur 134) en 2009.

 

L’année 2009 est marquée par l’élaboration d’un plan d’urgence pour remédier aux insuffisances. cet outil  d’accélération de la mise en oeuvre de la Réforme de l’Education et de la Formation s’inspire du discours de SM le Roi à l’occasion de l’ouverture du parlement ( 2007) « … nous appelons le prochain gouvernement à s'atteler sans tarder à la mise en place d'un plan d'urgence pour consolider ce qui a été réalisé et procéder aux réajustements qui s'imposent, en veillant à une application optimale des dispositions de la Charte nationale d'éducation et de formation … » ; parmi ces principaux objectifs  est l’ Assurance d’un environnement éducatif adéquat et un encadrement pédagogique de qualité et l’optimisation des ressources pédagogiques et à « tirer le meilleur parti des technologies modernes ».

 

La dimension de la technologie est  la pierre angulaire dans l’instauration de  la société du savoir, mais aussi pour le nouveau plan d’urgence du système éducatif marocain.

 

L’université numérique Marocaine.


Il est temps  de recourir aux technologies. Initié en 2004, le campus virtuel Marocain a pour rôle de soutenir et encourager les universités marocaines à s’approprier ces nouvelles pratiques d’enseignement. En d’autre terme le CVM est un programme qui cherche à trouver dans l’utilisation des technologies de l’information et de la commination  une place à la réforme. Cela a initié quelques projets pilotes et a permis de créer des centres de ressources universitaires CRU. Son objectif est de mutualiser les ressources produites par les enseignants via un portail.

Après  5 années d’existence, il semblerait que l’université numérique marocaine ait rencontré un succès très limité. Les limites du projet sont apparues.

 

Limites et défis de l’université numérique Marocaine.


a/ Les Moyens Matériels et logiciels. L’université virtuelle utilise des technologies très avancées, le haut débit de connexion basé sur le réseau MARWAN qui connaît  malheureusement des phénomènes perturbateurs «chute de connexion ». L’accès par un équipement informatique de base, en l’occurrence les ordinateurs, surtout des PC accessibles grâce à une politique nationale «Il s’agit de la stratégie de Nafida », pourrait profiter pleinement de l’université numérique. L’utilisation d’une plate forme de logiciels nécessaire aux cours n’arrivent cependant pas à offrir aux universitaires un matériel pédagogique autonome pour un usage interactif.

 

b/Adhésion au projet :  les enseignants chercheurs  ne sont malheureusement pas convaincu de l’intérêt pédagogique des ces outils pédagogiques, certains enseignants chercheurs ne sont même pas au courant de l’existence du campus virtuel marocain,d’autres pensent que c’est un effet de mode qui a échoué dans les pays développés, la plus part des expériences (à l’exception de l’expérience malgache qui a misé  sur une forme de partenariat public/privé)  affichent des résultats mitigés seul les intéressés par le programme signalent le manque de moyens d’accompagnement : formation des enseignants ( non expert ) en développement de contenu et leur mise en ligne , compagne de sensibilisation continue à l’usage des TIC, manque de statut juridique. La question de la propriété intellectuelle des cours se pose à plusieurs reprises sans réponse.. ;etc.

 

L’université numérique marocaine, se heurte à de sérieuses difficultés. « Là où le programme Campus Virtuel Marocain porte toute son objectivité pour tenter de rationaliser les enseignements par l’utilisation des ressources en ligne, voire des dispositifs de formation à distance, pour faire face aux difficultés de massification que traversent les universités marocaines, et plus particulièrement les facultés de lettres et sciences humaines et sociales, la quasi totalité des projets proposés sont destinés aux disciplines comme l’informatique ou les taux d’encadrement sont les plus confortables » (Sidir et Benchenna : 232).

 

c/Défis : Offrir un enseignement de haut niveau et élargir les canaux d’accès à la formation pour qu’il accueille le plus grand nombre d’étudiants c’est là le plus grand défi à relever.

 

Intégrer le numérique dans la pédagogie lors du passage au cycle LMD, par obtention obligatoire d’un certificat sur les bases de l’informatique et internet.

 

Le système éducatif Marocain n’a pas vraiment évolué en 50 ans, ou plutôt l’évolution est trop lente, alors que le pays regorge de bonnes idées et de bonnes volontés. Par ailleurs, il faut également regretter que les technologies de l’information et de la communication ne soient pas encore ou peu considérées comme des domaines stratégiques nationaux.

 

Conclusion


Ces quelques réflexions nous ont amené à penser que malgré la fascination exercée par l’université virtuelle, des réactions de méfiance et de résistances se manifestent. La suprématie de l’université classique se fait de plus en plus forte dans la représentation que se font les marocains de l’apprentissage, de l’enseignement et du diplôme.

 

Des progrès ne pourront être réalisés si le pays ne mène pas à son terme sa politique de décentralisation et de déconcentration. Aujourd’hui, le discours royal sur la régionalisation élargie constitue l’entrée en plain pied dans une nouvelle ère de la bonne gouvernance du système éducatif.

 

 


Ecrire un mail à cet auteur

Consulter le site de cet auteur

 


Pour citer cet article

 

Mohamed Ouzarf, "L’université numérique marocaine : Faits et Défis", Collectik.over-blog.com, 04.02.2010. [En Ligne] : http://collectik.over-blog.com/article-l-universite-numerique-marocaine-faits-et-defis--44251734.html

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Ibrahima - dans Avis-interview
commenter cet article