Ce site traite de la question des usages des TIC par les collectivités locales, mais aussi par les individus. En Afrique particulièrement, mais également dans le monde.
Depuis le balcon, on aperçoit le train en gare d'Orange Farm débarquant des centaines de travailleurs pauvres de retour de Johannesburg. Sur la terre rouge, des minibus en état incertain se battent à coups de Klaxon pour disséminer les voyageurs dans la vaste township (bidonville) de plusieurs centaines de milliers d'habitants, située au sud de la mégalopole sud-africaine. En se retournant, Andrew Nkanyane regarde sa salle aux ordinateurs serrés les uns aux autres, où se côtoient des écoliers en uniforme et des jeunes entrepreneurs. "Avant, je ne proposais que le traitement de texte, les cartes de visite et les CV. Mais grâce à Dabba, je viens de me lancer dans l'Internet, se réjouit-il. Ils sont 80 % moins cher que la concurrence ; pour une petite affaire comme la mienne, cela devient enfin accessible."
Au-dessus de sa tête, fixée au mur, une antenne d'à peine 1 mètre sur laquelle a été fixé un routeur qui réceptionne le signal Internet d'un serveur central, situé à 500 mètres. C'est la clé de l'offre bon marché de la petite société sud-africaine Dabba Telecom. "Nous ne payons que pour une seule connexion Internet que nous recevons par câble, explique Rael Lissoos, le fondateur de Dabba. Ensuite, nous utilisons le Wi-Fi (Internet sans fil) pour multiplier gratuitement les accès au réseau et proposer à chacun d'avoir la Toile chez soi pour pas cher." Les équipements et les frais d'installation sont pris en charge par l'entreprise. Puis, grâce à des coupons, le client ne paie que ce qu'il consomme, contrairement au système d'abonnement mensuel de Telkom, le géant sud-africain.
Dabba Telecom n'en est qu'à ses débuts. En un an de présence à Orange Farm, on ne compte pour l'instant qu'une poignée de clients. Les raisons ? Des obstacles techniques, le lent travail de sensibilisation d'une population déconnectée de la révolution technologique, et les réactions des principaux opérateurs. Le 13 février, à la demande de Telkom, le régulateur sud-africain des télécommunications (Icasa) est venu confisquer du matériel de Dabba, installé, entre autres, dans un orphelinat. "Leur réaction est stupide, dit Rael Lissoos. Nous sommes sur une niche, celle des gens qui n'ont pas les moyens d'avoir accès à Internet, cela ne remettra pas en cause leurs milliards de bénéfice !"